Œuvre
Le Planétarium (1959)
Allons, un peu de courage, il est temps d'aborder la vie en adultes.
Encore heureux s'il arrive à décrocher un poste quelconque, il n'est pas agrégé, sa thèse, je ne sais pas ce qu'elle vaudra...
Son décorateur avait raison, tout dépend de l'ambiance, tant de choses entrent en jeu ... ce beau chêne, ce mur, ce rideau, ces meubles, ces bibelots.
Ce grand type dégingandé que j'avais vu une fois avec elle ... Assez antipathique au premier abord, mais après il a été très gentil...
Le monde familier, rassurant, apaisant est là autour d'elle de nouveau. Un sentiment délicieux de soulagement, de délivrance, s'échappe d'elle.
Cette petite porte dans l'épaisseur du mur au fond du cloître... en bois sombre, en chêne massif, délicieusement arrondie, polie par le temps... c'est cet arrondi surtout qui l'avait fascinée, c'était intime, mystérieux ...
Mais ce bruit, ce long vrombissement continu, grandissant... c'est l'ascenseur qui monte, il franchit le premier étage... dans quelques instants on entendra le cliquetis de la porte grillagée ...
C'est ce qui lui manque, à elle, cette passion, cette liberté, cette audace, elle a toujours peur, elle ne sait pas...
Elle est autoritaire... possessive... Elle donne pour dominer, pour nous garder éternellement en tutelle.
Je me suis laissé distraire par toutes sortes de préoccupations idiotes, j'ai gaspillé mon temps bêtement...
Sa voix est légère, comme vidée, c'est peut-être cela qu'on appelle une voix blanche.
Ah, vous pouvez le dire, les poêles Godin, il n'y a rien de tel, ça vaut le chauffage central. Ca ne s'éteint jamais. On les bourre le soir, le matin il n'y a qu'à vider les cendres.
Mon père n'est pas toujours commode. Il est un peu brusque parfois, il peut être très insociable, je crois qu'il est assez timide, au fond.
Il parait que tu leur as proposé de leur céder ton appartement.
Il sent dans tous ses gestes, dans ses mots, dans ses intonations quelque chose d'un peu guindé, un apprêt, une outrance, tout cela manque de chaleur, de vie.
Ce qu'il chauffe votre poêle, dites-moi... Qu'est-ce que c'est que cette marque? Un Godin? Mais ça chauffe le tonnerre, ces machins-là...
Voilà, n'est-ce pas, deux fauteuils de cuir très ordinaires en apparence, le genre «clubs» anglais comme il y en a dans certaines salles de cinéma.
Ca ne tient pas debout, cette histoire, c'est rocambolesque, c'est du Grand-Guignol...
Si je me décommandais?... Oh oui, je vous en prie... Tant pis, après tout, on ne vit qu'une fois.
Elle aurait bien envie de les rabrouer, ils l'agacent avec leurs airs condescendants, dédaigneux, légèrement dégoûtés ...
Un lieu connu, confortable, protégé et clos. Lumières tamisées, air conditionné, température égale exactement appropriée.
Oh mais là, sur cette crédence, qu'est-ce que c'est? Elle s'arrête... Mais c'est très beau, dites-moi, cette Vierge gothique.
S'il pouvait être nommé dans n'importe quel trou, ce serait mieux que de courir les salons de meubler des appartements, de vivre aux crochets - parfaitement - de ses beaux-parents.
Il s'agît de limiter les dégâts, de sauver ce qui peut encore être sauvé.
Pourquoi ne fait-il pas porter plus souvent ses costumes au teinturier pour les faire détacher, nettoyer, délustrer, presser, repasser?