Œuvre

Le Maître des illusions (1991)

Nous n'aimons pas le reconnaître mais l'idée de perdre contrôle est quelque chose qui fascine plus que tout...
Les choses terribles et sanglantes sont parfois les plus belles. C’est une idée très grecque, et très profonde. La beauté c’est la terreur. Ce que nous appelons beau nous fait frémir. Et que pouvait-il y avoir de plus terrifiant et de plus beau, pour des âmes comme celles des Grecs ou les nôtres, que de perdre tout contrôle ? Rejeter un instant les chaînes de l’existence, briser l’accident de notre être mortel ?
Certaines choses sont trop pénibles pour être appréhendées sur le coup. D’autres encore – nues, grésillantes, d’une horreur indélébile – sont trop terribles pour être admises. Ce n’est que plus tard, dans la solitude, le souvenir, que pointe la compréhension ; quand les cendres sont froides, que les affligés se sont retirés, qu’on regarde autour de soi pour se retrouver – à sa grande surprise – dans un monde entièrement différent.
Certaines choses sont trop pénibles pour être appréhendées sur le coup. D’autres encore – nues, grésillantes, d’une horreur indélébile – sont trop terribles pour être admises.
Tout acte, dans la plénitude du temps, sombre dans le néant.
On aime croire que cette vieille platitude, amor vincit omnia, a quelque chose de vrai. Mais si j'ai appris une chose pendant ma triste et courte existence, c'est que cette platitude est un mensonge. L'amour ne vainc pas tout. Qui croit cela est un imbécile.
L'amour ne vainc pas tout. Qui croit cela est un imbécile.
Il me semblait que ma vie entière se composait de ces fractions temporelles disjointes à traîner dans un endroit public après l'autre, comme si j'attendais des trains qui n'arriveraient jamais.
En partant de chez moi j'ai pu me fabriquer une nouvelle histoire, beaucoup plus satisfaisante, remplie d'influences évidentes et simplistes liées à l'environnement ; un passé coloré, facilement accessible aux autres.
Le temps, et les projections répétées ont empreint le souvenir d'une menace que ne possédait pas l'original. J'ai vu des choses se passer très calmement - sans peur, sans pitié, sans rien sauf une sorte de curiosité médusée - de sorte que l'impression de cet événement est gravée de façon indélébile sur mon nerf optique, mais curieusement absente de mon coeur.
Le temps est quelque chose qui défie indifféremment printemps et hiver, naissance et déclin, le bien et le mal : Quelque chose d’inchangé, de joyeux, d'absolument indestructible.
Il ne convient pas de s'effrayer de ce dont on ne sait rien. Vous êtes comme des enfants qui ont peur du noir.
La beauté est rarement douce ou consolatrice. Plutôt le contraire. La véritable beauté est toujours très inquiétante.
La véritable beauté est toujours très inquiétante.
Nous n’aimons pas le reconnaître, mais l’idée de perdre contrôle est quelque chose qui fascine plus que tout, ou presque, les gens aussi contrôlés que nous le sommes. Tous les peuples vraiment civilisés –les anciens non moins que nous –se sont civilisés par la répression volontaire du soi archaïque, animal. Sommes-nous, aujourd’hui même, réellement très différents des Grecs ou des Romains ? Obsédés par le devoir, la piété, la loyauté, le sacrifice ? Toutes ces choses tellement glaçantes pour la sensibilité moderne ?
Plus terrible encore, lorsque nous grandissons, d'apprendre qu'aucune personne, si aimée qu'elle soit, ne peut jamais nous comprendre vraiment.
Je n’ai jamais rien eu de commun avec aucun d’entre eux, rien sinon ma connaissance du grec et l’année que j’ai passée en leur compagnie. Et si l’amour est quelque chose qu’on a en commun, je suppose que nous l’avions en commun, mais j’imagine que cela peut paraître bizarre au vu de l’histoire que je vais vous raconter.
Il n'y a rien de mal à aimer la Beauté. Mais la Beauté - à moins d'être alliée à quelque chose de plus profond - est toujours superficielle.
Parce qu'il est dangereux d'ignorer l'existence de l'irrationnel. Plus une personne est cultivée, intelligente, réprimée, plus elle a besoin d'une méthode pour canaliser les impulsions primitives qu'elle s'est efforcée d'éliminer. Sinon ces forces puissantes et archaïques vont s'amasser et grandir jusqu'à se libérer, d'autant plus violentes qu'elles ont été retardées, et souvent assez brutales pour anéantir complètement la volonté.
L'esprit est son propre lieu et peut faire en lui-même un Paradis de l'Enfer
Il y avait un martèlement affreux et irrégulier dans ma poitrine, comme si un oiseau énorme était pris au piège dans ma cage thoracique et se cognait jusqu'à en mourir.
Je crois qu’une diversité de professeurs est nuisible et ne peut que troubler un jeune esprit, tout comme je crois qu’il vaut mieux connaître un livre à fond qu’une centaine de façon superficielle. Je sais que le monde moderne a tendance à me donner tort, mais après tout Platon n’a eu qu’un seul professeur, de même qu’Alexandre.