Œuvre
Le Dernier Jour d'un condamné (1829)
La porte du tombeau ne s'ouvre pas en dedans.
Les mots manquent aux émotions.
Il faut convenir que les moeurs vont se dépravant de jour en jour ...
Il faut convenir que les moeurs vont se dépravant de jour en jour.
Aussi ne connaîtrait-il pas de but plus élevé, plus saint, plus auguste, que celui-là: concourir à l'abolition de la peine de mort.
Le pourvoi, c'est une corde qui vous tient suspendu au-dessus de l'abîme, et qu'on entend craquer à chaque instant, jusqu'à ce qu'elle se casse. C'est comme si le couteau de la guillotine mettait six semaines à tomber.
A la hauteur de mon chevet, il y a deux coeurs enflammés, percés d'une flèche, et au-dessus Amour pour la vie. Le malheureux ne prenait pas un long engagement.
Au détour du pont, des femmes m'ont plaint d'être si jeune.
Et puis, qu'est-ce que la vie a donc de si regrettable pour moi ?
Les hommes, je me rappelle l'avoir lu dans je ne sais quel livre où il n'y avait que cela de bon, les hommes sont tous condamnés à mort avec des sursis indéfinis.
Sur chaque visage parut une grimace, tous les poings sortirent des barreaux, toutes les voix hurlèrent, tous les yeux flamboyèrent, et je fus épouvanté de voir tant d'étincelles reparaître dans cette cendre.
Pour une idée, pour une rêverie, pour une abstraction, cette horrible réalité qu'on appelle la guillotine !
Qu'est-ce que la douleur physique près de la douleur morale !
Maintenant je suis captif. Mon corps est aux fers dans un cachot, mon esprit est en prison dans une idée. Une horrible, une sanglante, une implacable idée ! Je n'ai plus qu'une pensée, qu'une conviction, qu'une certitude : condamné à mort !
Or, voilà cinq semaines au moins, six peut-être, je n'ose compter, que je suis dans ce cabanon de Bicêtre, et il me semble qu'il y a trois jours c'était jeudi.