Œuvre
La mort de Pompée (1643)
Quand on veut soutenir ceux que le sort accable, - A force d'être juste on est souvent coupable.
Quand on craint d'être injuste, on a toujours à craindre; - Et qui veut tout pouvoir doit oser tout enfreindre, - Fuir comme un déshonneur la vertu qui le perd, - Et voler sans scrupule au crime qui le sert.
Car c'est ne régner pas qu'être deux à régner.
Je ne le vois que trop, Photin et ses pareils - Vous ont empoisonné de leurs lâches conseils: - Ces âmes que le ciel ne forma que de boue...
Le temps de chaque chose ordonne et fait le prix.
Je perdrai qui me perd, ne pouvant me sauver.
Les bravades enfin sont des discours frivoles, - Et qui songe aux effets néglige les paroles.
Mais c'est une imprudence assez commune aux rois - D'écouter trop d'avis, et se tromper au choix.
Un coeur né pour servir sait mal comme on commande.
Que venir, voir, et vaincre, est même chose en moi.
Et quiconque se plaint cherche à se consoler.
Ma mort était ma gloire, et le destin m'en prive...