Œuvre

La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose (2018)

Il m'a toujours manqué quelqu'un, au plus profond de moi, jusqu'au jour où j'ai décidé de ne plus attendre personne.
Mon corps, depuis quelques années, est devenu une porte de frigo. On ouvre, on ferme, on en prend un peu, on remet autre chose, chacun se sert en somme.
C'est ça les hôpitaux, on entre par la porte des urgences en entier, on en ressort par une autre, il manque un bout de corps ou d'âme, quelque chose de brisé.
C'est fou le pouvoir d'un cheval : il donne de l'allure aux hommes et fait du plus simple d'entre eux un cavalier.
Avec moi, la loi de Murphy accède au stade supérieur. La tartine, chez moi, ne se contente pas de tomber sur le côté où la confiture est étalée. Elle tombe quand je suis habillée en blanc. Finit sa course sur mes chaussures neuves. Le sucre attire une abeille. Qui me pique. Je fais une allergie.
De toute façon, sachant que celui qu'on aime est à 73% fait d'eau, si ça se trouve je ne suis pas amoureuse, juste déshydratée.
On aurait honte de mettre au monde des enfants si l'on savait à l'avance ce que la vie en ferait.
Je sais faire une chose : transfigurer le réel quand il fait la triste figure. On peut se laisser choir lorsque l'on tombe ou faire le saut de l'ange.
On peut se laisser choir ou faire le saut de l'ange. Être boiteux ou devenir un flamant rose. Sur ses jambes fragiles, tenir en équilibre avec grâce par le pouvoir de l'esprit, un humour décapant et le courage de rester soi.
Je me sens comme un feu follet qui se nourrit de ce qu'il trouve en chemin, destiné à s'éteindre après avoir brillé. Je suis la brindille en pleine forêt, tombée au sol, livrée aux pas du marcheur en godillots, une boule de flipper entre les mains d'un gosse, un mercredi, avec dans ses poches toute la monnaie de sa mère.