Œuvre
La Légende des siècles (1859), Booz endormi
Le cèdre ne sent pas une rose à sa base, - Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.
Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme, - Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.
Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne - Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu; - Une race y montait comme une longue chaîne; - Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.
Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été - Avait, en s'en allant, négligemment jeté - Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.
Si l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière.
Voilà longtemps que celle avec qui j'ai dormi. - O Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre, - Et nous sommes encore tout liés l'un à l'autre, - Elle à demi vivante et moi mort à demi.