Œuvre
La Comédie humaine (1842-1852)
Le pauvre ne doit se coucher que pour mourir.
Le langage, dans la magnificence de ses phases, n'a rien d'aussi varié, d'aussi éloquent, que la correspondance des regards et l'harmonie des sourires.
Il est dans l'amour un moment où il se suffit a lui même, où il est heureux d'être. Pendant ce printemps où tout est bourgeon, l'amant se cache parfois de la femme aimée pour en mieux jouir, pour la mieux voir.
N'y a-t-il pas toujours un peu d'amour pour l'enfance chez les soldats qui ont assez expérimenté les malheurs de la vie pour avoir su reconnaître les misères de la force et les priviléges de la faiblesse?
L'amour chez les jeunes gens est tellement extatique et religieux, qu'il veut tout obtenir de la conviction morale; et de là vient sa sublimité.
Il se rencontre dans la vie en plein air de ces suavités champêtres et passagères qui nous arrachent le souhait de l'apôtre disant à Jésus-Christ sur la montagne: Dressons notre tente et restons ici.
Qui se mésestime ne saurait vivre seul.
Combien de lampes merveilleuses faut-il avoir maniées avant de reconnaître que la vraie lampe merveilleuse est ou le hasard, ou le travail, ou le génie?
Il ne suffit pas d'étre honnéte homme, il faut le paraître. La société ne vit pas seulement par des idées morales; pour subsister, elle a besoin d'actions en harmonie avec ses idées.
Le malheur est une espèce de talisman dont la vertu consiste à corroborer notre constitution primitive: il augmente la défiance et la méchanceté chez certains hommes, comme il accroît la bonté de ceux qui ont un coeur excellent.
A Paris, quelle que soit la fortune d'un homme, il rencontre toujours une fortune supérieure de laquelle il fait son point de mire et qu'il veut surpasser.
La beauté sans expression est peut-être une imposture.
La puissance est clémente, elle se rend à l'évidence, elle est juste et paisible; tandis que les passions engendrées par la faiblesse sont impitoyables.
L'amour parlé ne vaut pas l'amour prouvé; toutes les jeunes filles de vingt ans en ont cinquante pour pratiquer cet axiome. Là est le grand argument des séducteurs.
Le sentiment maternel est si large dans les coeurs aimants qu'avant d'arriver a l'indifférence une mère doit mourir ou s'appuyer sur quelque grande puissance la religion ou l'amour.
Les lois ne sont peut-être pas aussi cruelles que le sont les usages du monde.
De nos jours, le monde s'ennuie, et veut néanmoins de la gravité dans les plus futiles discours. Horrible époque! où l'on se courbe devant un homme poli, médiocre et froid, que l'on hait, mais à qui l'on obéit.
L'homme a l'horreur de la solitude, et de toutes les solitudes, la solitude morale est celle qui l'épouvante le plus. Les premiers anachorètes vivaient avec Dieu; ils habitaient le monde le plus peuplé, le monde spirituel.
La pudeur est une vertu relative: il y a celle de vingt ans, celle de trente ans, celle de quarante-cinq ans.
Y a-t-il beaucoup de courages qui mesurent l'étendue de leurs dangers?
Plus l'homme vieillit, plûs il reconnaît la prodigieuse influence des idées sur les événements.
Les atomes crochus, expression proverbiale dont chacun se sert, sont un de ces faits qui restent dans les langages pour démentir les niaiseries philosophiques dont s'occupent ceux qui aiment à vanner les épluchures des mots primitifs.
Moins les femmes ont de vêtements, plus elles déploient de pudiques noblesses.
La bienfaisance qui réunit deux étres en un seul est une passion céleste aussi incomprise, aussi rare, que l'est le véritable amour; l'un et l'autre est la prodigalité des belles âmes.
Méfiez-vous d'une femme qui parle de sa vertu.