Œuvre
La Comédie humaine (1842-1852)
L'art littéraire, en France, ne pourra jamais divorcer avec la raison.
La flatterie n'émane jamais des grandes âmes ; elle est l'apanage des petits esprits, qui réussissent à se rapetisser encore pour mieux entrer dans la sphère vitale de la personne autour de laquelle ils gravitent. La flatterie sous-entend un intérêt.
Ce qu'il y a de plus beau dans la vie, ce sont les illusions de la vie. Ce qu'il y a de plus respectable, ce sont nos croyances les plus futiles.
Il existe des pensées auxquelles nous obéissons sans les connaître ; elles sont en nous à notre insu. Quoique cette réflexion puisse paraître plus paradoxale que vraie, chaque personne de bonne foi en trouvera mille preuves dans sa vie.
La jeunesse est plus gourmande que friande.
Les honnêtes gens manquent de tact ; ils n'ont aucune mesure dans le bien, parce que pour eux tout est sans détour ni arrière-pensée.
Le respect est une barrière qui protége également le grand et le petit ; chacun de son côté peut se regarder en face.
La haine, comme l'amour, se nourrit des plus petites choses, tout lui va. De méme que la personne aimée ne fait rien de mal, de méme la personne haie ne fait rien de bien.
La jeunesse n'ose pas se regarder au miroir de la conscience quand elle verse du côté de l'injustice, tandis que l'âge mûr s'y est vu : là gît toute la différence entre ces deux phases de la vie.
Aux légers plaisirs, les légères souffrances ; aux immenses bonheurs, des maux inouis.
On peut être un grand homme et un méchant, comme on peut être un sot et un amant sublime.
Sachez-le bien : de toutes les blessures, celles que font la langue et l'oeil, la moquerie et le dédain, sont incurables.
Les sentiments vrais ont leur magnétisme.
Rien ne peut se faire simplement chez les gens qui montent d'un étage social à l'autre.
Les drames de la vie ne sont pas dans les circonstances, ils sont dans les sentiments, ils sont dans le coeur,ou,si vous voulez, dans ce monde immense que nous devons nommer le monde spirituel.
Les femmes aiment à faire des prodiges, à briser les rochers, à fondre les caractères qui paraissent être de bronze.
Il est si difficile de passer du plaisir au travail, que le bonheur a dévoré plus de poésies que le malheur n'en a fait jaillir en jets lumineux.
Il est enfin très naturel à la jeunesse de se jeter sur les fruits, et l'automne de la femme en offre d'admirables et de très savoureux.
Saisir habilement les nuances du plaisir, les développer, leur donner un style nouveau, une expression originale, constitue le génie d'un mari.
Tout est piége et douleur à Paris pour les âmes qui veulent y chercher des sentiments vrais.
Il est dans le caractère français de s'enthousiasmer, de se colérer, de se passionner pour le météore du moment, pour les bâtons flottants de l'actualité. Les êtres collectifs, les peuples seraient-ils donc sans mémoire ?
La morale a ses ruisseaux d'où les gens déshonorés essayent de faire jaillir sur les nobles personnes la boue dans laquelle ils se noient.
Un mari ne risque jamais rien de faire croire à la fidélité de sa femme et de garder un air patient ou le silence. Le silence surtout inquiète prodigieusement les femmes.
L'amour est le plus joli larcin que la société ait su faire à la nature ; mais la maternité, n'est-ce pas la nature dans sa joie ?
Tout grand sentiment est chez l'homme un poème tellement individuel , que son meilleur ami lui-méme ne s'y intéresse pas.