Œuvre

L'Homme de cour (1647)

Le dire est aisé, le faire difficile.
Il faut aujourd'hui plus de conditions pour faire un sage, qu'il n'en fallut anciennement pour en faire sept; et il faut en ce temps-ci plus d'habileté pour traiter avec un seul homme, qu'il n'en fallait autrefois pour traiter avec tout un peuple.
Celui, qui a confié son secret à un autre, s'est fait son esclave.
Il ne faut pas se piquer également d'habileté avec tous, ni employer plus de forces que l'occasion n'en demande. Point de profusion, ni de science ni de puissance.
Garde-toi de t'ériger en censeur de paroles, ce qui te ferait passer pour un grammairien ; ni en contrôleur de raisons, car chacun te fuirait. Parler à propos est plus nécessaire que parler éloquemment.
Il faut avoir la bouche toujours pleine de sucre pour confire les paroles, car alors les ennemis même y prennent goût.
La vie civile ne roule pas sur un seul avis, ni sur un seul usage.
Il n'y a rien de meilleur que de ne se faire jamais trop comprendre.
Quelquefois le remède du mal consiste à l'oublier, et l'on oublie le remède.
Un homme ne peut valoir que ce qu'il plaît aux autres de le faire valoir.
Le sage a toujours cette consolation qu'il est éternel car, si son siècle lui est ingrat, les siècles suivants lui font justice.
Le sage tire plus de profit de ses ennemis que le fou n'en tire de ses amis.