Œuvre

L'Art d'être heureux

Le bonheur positif et parfait est impossible; il faut seulement s'attendre à un état comparativement moins douloureux.
Le pauvre n'est pas troublé par les grandes possessions des riches, et, à l'inverse, le riche n'est pas consolé, quand ses projets échouent, par la quantité de biens qu'il possède déjà.
Lors d'une bonne fortune, la poussée de nos prétentions s'accentue, et elles gonflent : là réside la joie.
Rien n'est plus irréconciliable et plus cruel que la jalousie : et pourtant nous sommes constamment et avant tout préoccupés d'éveiller la jalousie !
Quiconque passe sa vie sans souffrances excessives, physiques ou psychiques a eu le sort le plus heureux qu'ont pouvait trouver.
En tout et pour tout on ne jouit à proprement parler que de soi-même. Que le Soi ne vaille rien, et tous les grands plaisirs sont comme des vins délicieux dans une bouche contaminée par la gale.
La richesse ressemble à l'eau de mer : plus on en boit et plus on a soif.
Le sage n'aspire pas au plaisir, mais à l'absence de souffrance : Aristote, Ethique à Nicomaque. Nous voyons que le mieux qu'on puisse trouver au monde est un présent sans souffrance, qu'on puisse supporter paisiblement.