Œuvre

L'amour des commencements (1986)

D'où nous viens l'amour des commencements sinon du commencement de l'amour? De celui qui sera sans suite et peut-être par là sans fin.
En a t-on jamais fini avec la première fois?
Et puis, s'il fallait souffrir, autant que ce fût pas les femmes.
L'instant, cette précieuse blessure d'un temps autrement voué à l'indifférence.
Le paradoxe du moment présent, c'est qu'il ne se laisse saisir qu'une fois révolu.
Mais qu'est-ce qu'une vie si on ne se la raconte pas? Et, nous le savons, pour une seule vie, il y a cent biographies possibles.
On peut trouver du plaisir dans l'exil, quand on l'a choisi.
Ce que je redoute toujours, c'est d'être réduit à un présent qui ne donnerait rien, à un présent muet - muet comme une carte d'identité, comme une pierre tombale. Les mots tuent quand ils nous désignent.
Ne plus rêver, c'est être à demi mort, c'est faire de la réalité sa seule loi.
D'où nous vient l'amour des commencements sinon du commencement de l'amour? De celui qui sera sans suite et peut-être par là sans fin.
Je tiens pour un mort en sursis celui qui considère le temps passé à dormir pour du temps mort. Le sommeil m'est source.
Nous avons inventé les mots pour échapper à la loi de la pesanteur, pour retarder l'instant fatal de la chute.
Vouloir se démarquer du troupeau, c'est encore subir la marque du berger.
La conversation sans objet, quel luxe!