Auteur

Jean-Bertrand Pontalis

Pourquoi vouloir immobiliser des écrits qui, au mieux, viennent seulement scander une pensée, une parole, éventuellement une écriture en mouvement?
La tristesse tue l'imagination.
Si nos mères n'étaient pas décevantes, nous ne recevrions rien de ce que, par surprise, offre la vie.
L'oubli nécessaire pour donner de l'épaisseur au temps, pour accéder au temps sensible. L'épreuve du deuil, de la perte, de la séparation d'avec soi est ce qui nous délivre de la reproduction à l'identique.
C'est souvent dans les mots d'un livre que je trouve une interprétation qui m'est destinée.
Est-ce que ça existe, une attente sans espoir?
Privé de la lecture, je serais réduit à n'être que ce que je suis.
L'opposition civilisation barbarie s'effondre quand la barbarie est incluse dans la civilisation, quand l'inhumain est au coeur de l'humain.
D'où nous viens l'amour des commencements sinon du commencement de l'amour? De celui qui sera sans suite et peut-être par là sans fin.
En a t-on jamais fini avec la première fois?
Et puis, s'il fallait souffrir, autant que ce fût pas les femmes.
L'instant, cette précieuse blessure d'un temps autrement voué à l'indifférence.
Le paradoxe du moment présent, c'est qu'il ne se laisse saisir qu'une fois révolu.
Mais qu'est-ce qu'une vie si on ne se la raconte pas? Et, nous le savons, pour une seule vie, il y a cent biographies possibles.
On peut trouver du plaisir dans l'exil, quand on l'a choisi.
Il y a bien des façons de passer à l'acte. Se taire en est une.
Elle lui aura appris, pensera-t-il plus tard, que toute femme est insaisissable, alors même que les hommes se vantent de les prendre.
Les signes du désamour sont plus visibles que ceux de l'amour.
Ce qu'il y a de plus horrible, dans la vieillesse, c'est que les femmes ne s'intéressent plus à vous alors qu'elles vous intéressent encore.
Ce que je redoute toujours, c'est d'être réduit à un présent qui ne donnerait rien, à un présent muet - muet comme une carte d'identité, comme une pierre tombale. Les mots tuent quand ils nous désignent.
Ne plus rêver, c'est être à demi mort, c'est faire de la réalité sa seule loi.
D'où nous vient l'amour des commencements sinon du commencement de l'amour? De celui qui sera sans suite et peut-être par là sans fin.
Je tiens pour un mort en sursis celui qui considère le temps passé à dormir pour du temps mort. Le sommeil m'est source.
Nous avons inventé les mots pour échapper à la loi de la pesanteur, pour retarder l'instant fatal de la chute.
L'art de la fiction n'est que le produit de l'art du rêve.

Œuvres de Jean-Bertrand Pontalis

Elles (2007)En marge des jours (2002)Fenêtres (2000)L'Enfant des Limbes (1998)L'amour des commencements (1986)Le songe de Monomotapa (2009)Traversée des ombres (2003)