Œuvre

Journal 1889-1939

Non s'efforcer vers le plaisir mais trouver son plaisir dans l'effort même, c'est le secret de mon bonheur.
Quand je cesserai de m'indigner, j'aurai commencé ma vieillesse.
Quand les gens intelligents se piquent de ne pas comprendre, il est tout naturel qu'ils y réussissent mieux que les sots.
Celui qui proteste fera plus tard, du savoir renoncer, la sagesse de sa vie.
Il est extrêmement rare que la montagne soit abrupte de tous côtés.
L'art serait, malgré la plus parfaite explication, de réserver encore de la surprise.
Vous avez trouvé le bonheur, dites-vous. Prenez garde! Car c'est l'oasis, et Pégase ne va pas plus loin vous porter.
Courses de taureaux. - Qu'on tue quelqu'un parce qu'il est en colère, c'est bien; mais qu'on mette en colère quelqu'un pour le tuer, cela est absolument criminel.
Il n'est pas de vertus humaines que je prise autant ou aussi peu, suivant les cas, que le courage.
Plus un humoriste est intelligent, moins il a besoin de déformer la réalité pour la rendre significative.
Cet état d'équilibre n'est beau que sur la corde raide; assis par terre, il n'a plus rien de glorieux.
«Ce qu'il y a de plus extraordinaire peut-être dans le besoin de l'extraordinaire, c'est que c'est, de tous les besoins de l'esprit, celui qu'on a le moins de peine à contenter.»
On a surfait même Montaigne; il n'est pas toujours savoureux. Je remarque qu'il ne l'est jamais plus que lorsqu'il se lâche la bride, jamais moins que lorsqu'il se concerte et conduit.
Ne te détourne pas, par lâcheté, du désespoir. Traverse-le. C'est par-delà qu'il sied de retrouver motif d'espérance. Va droit. Passe outre. De l'autre côté du tunnel tu retrouveras la lumière.
Le christianisme, avant tout, console; mais il y a des âmes naturellement heureuses et qui n'ont pas besoin d'être consolées. Alors, celles-ci, le christianisme commence par les rendre malheureuses, n'ayant sinon pas d'action sur elles.
La vérité, c'est que, dès que le besoin d'y subvenir ne nous oblige plus, nous ne savons que faire de notre vie, et que nous la gâchons au hasard.
Je n'admets pas que rien me nuise; je veux que tout me serve, au contraire. J'entends tourner tout à profit.
On dit que je cours après ma jeunesse. Il est vrai. Et pas seulement après la mienne.
La première condition au bonheur est que l'homme puisse trouver joie au travail. Il n'y a vraie joie dans le repos, le loisir, que si le travail joyeux le précède.
Le travail le plus pénible peut-être accompagné de joie dès que le travailleur sait pouvoir goûter le fruit de sa peine.
La malédiction commence avec l'exploitation de ce travail par un autrui mystérieux qui ne connaît du travailleur que son « rendement ».