Œuvre

Interview Massimo Carlotto - Propos recueillis par Héloïse Padovani et Mikaël Demets pour Evene.fr - Avril 2006

Les histoires criminelles dans les romans ne sont que des prétextes pour parler de la réalité sociale, économique et politique
Je crois que l'écriture doit être hyperréaliste car l'Italie est un pays où il n'y a plus de journalisme d'investigation.
On m'a donné la possibilité de parler de la nouvelle pauvreté : de ces gens qui vivent sans projets d'avenir, qui n'ont plus de rêves. Toutes ces contradictions se développent au sein de la famille. Le gros problème en Italie, c'est l'absence totale d'Etat social.
J'aborde aussi le problème du temps car, malheureusement, nous vivons dans une société où le temps est compté. Le temps pour la communication, le temps pour vivre, pour s'amuser... Le temps en prison est un temps qui passe très vite.
Le problème est que la nouvelle pauvreté en Italie a un niveau de vie extrêmement bas. Et la télévision est la dernière façon pour eux de s'évader. Tout le monde regarde la télévision, tout le monde lit les magazines et journaux populaires. Du coup, les gens vivent par procuration la vie des autres, ceux qui ont de l'argent, ceux qui ont du succès...
Etre traduit à l'étranger, c'est très important car c'est la possibilité réelle d'être connu, et la transposition cinématographique est une chance car je ne crois pas au public unique en littérature. La littérature moderne doit s'ouvrir aux différentes cultures.
Je pense être optimiste mais nous vivons dans une société très complexe. Cette complexité sociale inspire les écrivains et permet que l'on écrive des livres. Mon travail est de raconter ce que je vois.
Comme l'Italie n'a pas de journalisme d'investigation, il est très difficile de raconter. C'est le roman qui a ce rôle. Mais je ne pense pas changer les choses avec mes écrits.