Œuvre
Illusions perdues (1837-1843)
A part le comédien, le prince et l'évêque, il est un homme à la fois prince et comédien, un homme revêtu d'un magnifique sacerdoce, le Poète qui semble ne rien faire et qui néanmoins règne sur l'Humanité quand il a su la peindre.
David était une de ces natures pudiques et tendres qui s'effraient d'une discussion, et qui cèdent au moment où l'adversaire leur pique un peu trop le coeur.
Ne rien avoir dans le ventre, mot consacré dans l'argot du journalisme, constitue un arrêt souverain dont il est difficile d'appeler, une fois qu'il a été prononcé.
A cette époque florissait une société de jeunes gens riches ou pauvres, tous désoeuvrés, appelés viveurs, et qui vivaient en effet avec une incroyable insouciance, intrépides mangeurs, buveurs plus intrépides encor.
Le journal, au lieu d'être un sacerdoce est devenu un moyen pour les partis; de moyens, il s'est fait commerce, et comme tous les commerces, il est sans foi ni loi.
A Paris, il y a des impôts sur tout, on y vend tout, on y fabrique tout, même le succès!
Toutes les fois que tu verras la presse acharnée après quelques gens puissants, sache qu'il y a là-dessous des escomptes refusés, des services qu'on n'a pas voulu rendre.
Ne faut-il pas avoir tout senti pour tout entendre? Et sentir vivement, n'est-ce pas souffrir? Aussi les poésies ne s'enfantent-elles qu'après de pénibles voyages entrepris dans les vastes régions de la pensée et de la société.
A force de parler, un homme finit par croire à ce qu'il dit; tandis qu'on peut agir contre sa pensée sans la vicier, et faire gagner un mauvais procès sans soutenir qu'il est bon, comme le fait l'avocat plaidant.
En France, l'esprit est plus fort que tout, et les journaux ont de plus que l'esprit de tous les hommes spirituels, l'hypocrisie de Tartufe.
Le Journal au lieu d'être un sacerdoce est devenu un moyen pour les partis; de moyen, il s'est fait commerce; et comme tous les commerces, il est sans foi ni loi.
Tout journal est une boutique où l'on vend au public des paroles de la couleur dont il les veut. S'il existait un journal des bossus, il prouverait soir et matin la beauté, la bonté, la nécessité des bossus.
L'intelligence est le levier avec lequel on remue le monde.
Dans un poète il y a, je crois, une jolie femme de la pire espèce.
Quand un aigle tombe, qui peut savoir au fond de quel précipice il s'arrêtera ? La chute d'un grand homme est toujours en raison de la hauteur à laquelle il est parvenu.
Aussi passe-ton une bonne partie de sa vie à sarcler ce que l'on a laissé pousser dans son coeur pendant son adolescence. Cette opération s'appelle acquérir de l'expérience.
Le talent, déjà si rare dans l'art extraordinaire du comédien, n'est qu'une condition du succès, le talent est même longtemps nuisible s'il n'est accompagné d'un certain génie d'intrigue.
Ne croyez pas le monde politique beaucoup plus beau que ce monde littéraire : tout dans ces deux mondes est corruption, chaque homme y est ou corrupteur ou corrompu.
La conscience est un bâton que chacun prend pour battre son voisin, et dont il ne se sert jamais pour lui.
Un journal n'est plus fait pour éclairer, mais pour flatter les opinions.
Ils prennent la vie au sérieux, et la vie est une plaisanterie.
Il est extrêmement rare qu'un livre soit acheté pour sa propre valeur, il est presque toujours publié pour des raisons étrangères à son mérite.
Le bonheur tue les poètes.
La résignation est un suicide quotidien.
L'or est la seule puissance devant laquelle ce monde s'agenouille.