Œuvre
Herzl. Une histoire européenne (2018)
Je me souviens de très peu de choses de mon enfance. Mais les sensations sont plus tenaces que les faits. Alors oui, de ma peur, je me souviens. Comme une ombre, elle me poursuivait depuis ma naissance. Je suppose aujourd'hui, que c'était elle qui m'empêchait d'avancer.
Le socialisme était ce pays où même les orphelins avaient une patrie.
Si nous choisissons l'exil, c'est une chose. Mais si nous y sommes contraints, alors, tous nos souvenirs entrent en résistance.
Mais que peut perdre comme illusion celui qui est né sans croyance?
Quand vous êtes appelés par la naissance à ramper toute votre vie, que peut-il bien arriver de grave?
Si nous pouvions être toujours certains de ce qui nous pousse à aimer, à espérer. Mais nous sommes des funambules, nous ne savons rien.
Le français, c'est une langue de barons. Une langue avec un col serré et le dos bien droit qui regarde le monde de haut.
Je comprenais que l'Histoire, c'était le dé. Et le dé nous lançait, nous dispersait, ici ou là, vers l'une ou l'autre case. L'Histoire décidait ce que nous devions faire et où nous devions aller.
La mémoire vous joue des tours, elle tend à transformer en souvenir ce qui n'est qu'un savoir, une image devenue si intime qu'on la prend pour sa vie réelle.
Moi qui ne connaissais rien de la religion, qui n'avais pas été à l'école, je sentais qu'il devait tout de même y avoir, quelque part, un livre qui interdisait de mélanger la joie et la tristesse. Comme le poisson, la viande, le lait, et toutes les choses que Dieu a séparées au début du monde: le jour, la nuit, la mer et la terre, le rire et le chagrin.