Œuvre

Forêt voisine (1931)

A les écouter, rien n'est bien et il faudrait chambarder tout: nos vieilles loges, notre façon de travailler, notre manger, et la manière d'élever les enfants.
Il y avait toujours un tonneau de vin rouge dans leur cave, et, dans leur musette de toile, auprès du chanteau de pain, un litre dont le goulot dépassait.
Il tient un livre où il écrit toutes les chasses, depuis le lancer jusqu'à l'hallali, avec les ruses, les débûchers, les rembûchers ... , et à quelle heure juste la curée, et où, et à qui les honneurs et tout.
Autour de chaque chaton semblait flotter une poussière de pollen, une petite clarté blonde que le soleil ne faisait point pâlir.
Il communiait avec ces sentiments limpides que la cité laissait monter vers lui, par les voix, les regards, les mains tendues de ses représentants.
Et très loin, perceptible pourtant comme si l'oiseau nous suivait de son vol, tinte l'appel sonore du coucou.
Loin alentour la coupe s'éploie au soleil d'août. C'est une coupe déjà ancienne, traversée de grands clairs où la lumière joue librement dans le vent tiède des soirs dété.
La bruine ruisselait toujours, sous un ciel uniforme et gris qu'enténébrait lentement l'approche du crépuscule.
On entendait le souffle de la bête, un ébrouement rauque et profond comme en ont les chevaux abattus.
La route, maintenant, était chargée de monde. Les bûcheux des hameaux, les femmes des écarts perdus étaient venus par petits groupes.
La bruyère aux clochettes mortes qui s'effritent et tombent en poussière aussitôt que nos doigts les effleurent.
Des mâtins, d'un seul coup de gosier, engloutissaient des blocs de chair énormes.
Il faisait tout à fait jour. Les dernières floches de brume avaient fondu dans l'espace blond.