Œuvre

Courants 505 : le vide (2014)

Son humour était sacré parce que les livres saints ne le faisaient pas rire.
Les ordinateurs nous abêtissent car ils produisent une chaleur inhumaine.
Il s'alimentait avec du silence depuis qu'il mangeait au lieu de parler.
Il éteignait le feu de ses pages blanches avec de l'encre afin d'attiser une écriture absurde.
L'encre ne pesait plus sur ses pages parce que la grâce du vide allégeait son existence.
Ses phrases illisibles étaient enfin émouvantes parce qu'il écrivait avec un ordinateur froid.
Les lettres se perdaient dans leur propre corps depuis qu'il écrivait dans le noir.
L'encre nous trompe parce que les pages sont seulement vraies si elles sont blanches.
Il dormait seul pour être uniquement compris par ses rêves.
Les nombres sont illimités car les mots ne seront jamais assez nombreux pour définir l'infini.
Nous dormons dans le noir pour que nos ombres puissent continuer à nous poursuivre.
L'écriture était de moins en moins obscure car il regardait les mots de plus en plus près.
L'alphabet est l'ombre du silence parce que la parole est notre seule lumière.
Les lettres disent la vérité sur l'écriture depuis que les ordinateurs mentent aux nombres.
Ses phrases n'avaient plus de points finaux parce qu'il ne se souciait plus du lendemain.
Son ordinateur était éteint parce que des octets avaient refroidi l'énergie de l'alphabet.
Son écriture était minuscule parce qu'il voulait sauver son enfance avec des lettres illisibles.
La parole l'ennuyait à mourir depuis que le silence était son seul plaisir.
Ses jours étaient de plus en plus clairs depuis que ses pages étaient de moins en moins noires.
Il perdit sa voix à l'instant où sa pensée devint plus forte que sa parole.
Nos paroles sont des images parce que nous avons dessiné avant de savoir écrire.
Il s'endormait sur l'ombre de son corps pour s'endormir avec son double.