Œuvre

Chagrin d'école (2007)

Une année entière pour retenir la lettre «a». ... Le désert de mon ignorance commençait au-delà de l'infranchissable «b».
Si l'on guérit de la cancrerie, on ne cicatrise jamais tout à fait des blessures qu'elle nous infligea.
Toutes les Juives ne sont pas mères, mais toutes les mères sont juives.
La naissance de la délinquance, c'est l'investissement secret de toutes les facultés de l'intelligence dans la ruse.
Ce qui fait l'attrait de la bande? S'y dissoudre avec la sensation de s'y affirmer. La belle illusion d'identité! Tout pour oublier ce sentiment d'étrangeté absolue à l'univers scolaire, et fuir ces regards d'adulte dédain.
Le jeu est la respiration de l'effort l'autre battement du coeur, il ne nuit pas au sérieux de l'apprentissage, il en est le contrepoint.
Réduits à nous-mêmes, nous nous réduisons à rien. Au point qu'il nous arrive de nous tuer.
En lisant, je me suis physiquement installé dans un bonheur qui dure toujours.
Faire passer l'école pour un lieu criminogène est, en soi, un crime insensé contre l'école.
Le cancre se vit comme sachant un tas d'autres choses que ce que vous prétendez lui apprendre, mais il ne se vit pas comme ignorant ce que vous savez!
La première qualité d'un professeur, c'est le sommeil. Le bon professeur est celui qui se couche tôt.
Le futur comme un mur où serait projeté les images démesurément agrandies d'un présent sans espoir, la voilà la grande peur des mères!
C'est peut-être cela enseigner : en finir avec la pensée magique, faire en sorte que chaque cours sonne l'heure du réveil.
Pas d'affolement, rien ne se passe comme prévu, c'est la seule chose que nous apprend le futur en devenant du passé.
La réponse absurde se distingue de la fausse en ce qu'elle ne procède d'aucune tentative de raisonnement.
Il faut savoir jouer avec le savoir. Le jeu est la respiration de l'effort, l'autre battement du coeur, il ne nuit pas au sérieux de l'apprentissage, il en est le contrepoint.
Sais-tu la différence en un professeur et un outil ? Non ? Le mauvais prof n'est pas réparable.
- Les profs, ils nous prennent la tête, m'sieur ! - Tu te trompes. Ta tête est déjà prise. Les professeurs essayent de te la rendre.
Il faudrait inventer un temps particulier pour l'apprentissage, le présent d'incarnation, par exemple. Je suis ici, dans cette classe, et je comprends, enfin ! Ca y est ! Mon cerveau diffuse dans mon corps : ça s'incarne.
Les maux de grammaire se soignent par la grammaire, les fautes d'orthographe par l'exercice de l'orthographe, la peur de lire par la lecture, celle de ne pas comprendre par l'immersion dans le texte.
Mais c'est cela, enseigner : c'est recommencer jusqu'à notre nécessaire disparition de professeur.
Tout le mal qu'on dit de l'école nous cache le nombre d'enfants qu'elle a sauvé des tares, des préjugés, de la morgue, de l'ignorance, de la bêtise, de la cupidité, de l'immobilité ou du fatalisme des familles.
Une bonne classe, ce n'est pas une régiment qui marche au pas, c'est un orchestre qui travaille la même symphonie.
Si l'on guérit parfois de la cancrerie, on ne cicatrise jamais tout à fait des blessures qu'elle nous infligea.
Le droit de l'enfant, c'est d'être un homme, écrivait Hugo dans Choses vues.