Œuvre

Cent ans de solitude (1967)

Les choses ont une vie bien à elles ; il faut réveiller leur âme, toute la question est là.
Le secret d'une bonne vieillesse n'était rien d'autre que la conclusion d'un pacte honorable avec la solitude.
L'atmosphère était si humide que les poissons auraient pu entrer par les portes et sortir par les fenêtres, naviguant dans les airs d'une pièce à l'autre.
Pris au piège de la nostalgie, il pensa que, marié à celle là, il serait peut-être devenu un homme qui n'aurait connu ni la guerre ni la gloire, artisan anonyme, un animal heureux.
On n'est de nulle part tant qu'on n'a pas un mort dessous la terre.
Fasciné par une réalité immédiate qui lui apparut dès lors plus fantastique que le vaste univers de sa propre imagination, il se désintéressa dès lors complètement du laboratoire d'alchimie.
Je connais déjà tout ça par coeur, s'écriait Ursula. C'est comme si le temps tournait en rond et que nous étions revenus au tout début.
Ainsi continuèrent-ils à vivre dans une réalité fuyante, momentanément retenue captive par les mots, mais qui ne manquerait pas de leur échapper sans retour dès qu'ils oublieraient le sens même de l'écriture.
On ne meurt pas quand on veut, mais seulement quand on peut.
Ils sont tous les mêmes, se lamentait Ursula. Au début, on n'a aucun mal à les élever, ils sont obéissants et sérieux, paraissent incapables de tuer une mouche, et à peine la barbe leur pousse-t-elle qu'ils se jettent dans la perdition.
Le meilleur ami, avait-il coutume de dire alors, c'est celui qui vient de mourir.
Bien des années plus tard, sur son lit d'agonie, Aureliano le Second devait se rappeler cet après-midi pluvieux de juin où il fit irruption dans la chambre pour faire connaissance avec son premier fils.