Œuvre
Alexis Zorba (1946)
Dis-moi ce que tu fais de ce que tu manges et je te dirai qui tu es. Il y en a qui transforment ça en lard et en ordures, d'autres en travail et bonne humeur, et d'autres, en Dieu, comme j'ai entendu dire. C'est donc qu'il y a trois espèces d'hommes. Moi, je ne suis ni des pires, ni des meilleurs. Je me tiens entre les deux. Ce que je mange, je le transforme en travail et en bonne humeur. C'est pas trop mal !
Quel drôle de machine que l'homme ! dit-il, stupéfait. Tu la remplis avec du pain, du vin, des poissons, des radis, et il en sort des soupirs, du rire et des rêves. Une usine ! Dans notre tête, je crois bien qu'il y a un cinéma sonore comme ceux qui parlent.
Mon vieux, quand est-ce que l'homme deviendra vraiment un homme ? On se met des pantalons, des faux cols, des chapeaux mais on est encore des mulets, des loups, des renards, des cochons. On est, paraît-il, à l'image de Dieu ! Qui ? Nous ? Quelle blague.
La vie de l'homme est une route avec montées et descentes. Tous les gens sensés avancent avec un frein. Mais moi, et c'est ici qu'est ma valeur, patron, il y a belle lurette que j'ai jeté mon frein, car les carambolages ne me font pas peur.
La vie de l'homme est une route avec montées et descentes. Tous les gens sensés avancent avec un frein.
A ses côtés, le temps avait pris une nouvelle saveur. Ce n'était plus une succession mathématique d'évènements, ni en moi, un problème philosophique insoluble. C'était du sable chaud, finement tamisé, et je le sentais couler tendrement entre mes doigts.
Dieu à chaque instant change de visage. Heureux celui qui peut le reconnaître sous chacun de ses masques.
C'est ainsi que, dans leur patrie, on chantait les vers de Dante depuis bien des années, bien des siècles. De même que la chanson prépare les jeunes gens à l'amour, les vers ardents du Florentin préparaient les adolescents italiens au combat pour la libération de leur patrie. Et tous, en communiant avec l'âme du poète, transformaient peu à peu leur esclavage en liberté.