Œuvre

A la recherche du temps perdu (1918)

Quand on a beaucoup changé, on est induit à supposer qu'on a plus longtemps vécu.
Tout comme l'avenir, ce n'est pas tout à la fois, mais grain par grain qu'on goûte le passé.
... Chaque classe sociale a sa pathologie.
En amour, il est plus facile de renoncer à un sentiment que de perdre une habitude.
L'erreur est plus entêtée que la foi et n'examine pas ses croyances.
... Il n'est de jalousie que de soi-même.
Il semble que les événements soient plus vastes que le moment où ils ont lieu et ne peuvent y tenir tout entiers.
Sous toute douceur charnelle un peu profonde, il y a la permanence d'un danger.
... La vie en changeant fait des réalités avec nos fables.
C'est souvent seulement par manque d'esprit créateur qu'on ne va pas assez loin dans la souffrance.
L'habitude est une seconde nature, elle nous empêche de connaître la première dont elle n'a ni les cruautés, ni les enchantements.
Il y a une chose plus difficile encore que de s'astreindre à un régime, c'est de ne pas l'imposer aux autres.
Malheureusement dans le monde, comme dans le monde politique, les victimes sont si lâches qu'on ne peut pas en vouloir bien longtemps aux bourreaux.
On serait à jamais guéri du romanesque si l'on voulait, pour penser à celle qu'on aime, tâcher d'être celui qu'on sera quand on ne l'aimera plus.
Le bonheur est salutaire pour les corps, mais c'est le chagrin qui développe les forces de l'esprit.
Ce sont nos passions qui esquissent nos livres, le repos d'intervalle qui les écrit.
... Il en est de la vieillesse comme de la mort. Quelques-uns les affrontent avec indifférence, non pas parce qu'ils ont plus de courage que les autres, mais parce qu'ils ont moins d'imagination.
... Il est peu et de réussites faciles, et d'échecs définitifs.
On aime à faire des victimes, mais sans se mettre précisément dans son tort, en les laissant vivre.
Rien n'est plus limité que le plaisir et le vice.
Une oeuvre où il y a des théories est comme un objet sur lequel on laisse la marque du prix.
Un livre est un grand cimetière où sur la plupart des tombes on ne peut plus lire les noms effacés.
... Les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie, mais de l'obscurité et du silence.
Les vrais paradis sont les paradis qu'on a perdus.
La vie pouvait-elle me consoler de l'art? Y avait-il dans l'art une réalité plus profonde où notre personnalité véritable trouve une expression que ne lui donnent pas les actions de la vie?