J'ai commencé à chanter quand soudain le public s'est levé comme un seul homme. Je me suis dit, wouah, c'est fou que les Allemands connaissent ma chanson ! J'étais profondément ému. Et puis j'ai aperçu du coin de l'oeil quelqu'un derrière moi qui était en train de monter sur la scène, en dansant, au bras de la chanteuse qui m'accompagnait. C'était Mandela ! C'était lui que le public acclamait ! Ça a été un choc.
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Parfois, le doute ou la peur s'emparait de nous. Mais dès que Nelson Mandela s'exprimait à la radio ou à la télévision, sa voix, à la fois puissante et irradiante d'amour, nous redonnait courage.
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Le pire a été ma déclaration de 1992 pour condamner le massacre de Krugersdorp perpétré par les Zoulous. On m'a fait comprendre à l'époque que je n'étais plus le bienvenu dans les townships.
Les jeunes aujourd'hui, comme en France, veulent du travail, de l'éducation, avoir une voiture, pouvoir payer l'essence… Ils ne semblent plus croire en des combats politiques. Qu'ils chantent, qu'ils écrivent, qu'ils parlent… rien ne change. La politique est devenue une sorte de spectacle de marionnettes.
Je ne suis pas un combattant. Seulement un témoin. Mes chansons sont des témoignages du temps. Plus tard, en écoutant mes douze albums, on pourra deviner ce que les gens pensaient à l'époque.
Nelson Mandela a été un symbole très important. Je suis de cette génération qui a grandi sans savoir à quoi il ressemblait. En 1986, j'avais écrit pour Mandela une chanson, « Asimbonanga », qui signifie en zoulou « nous ne l'avons pas vu ». A l'époque, nous savions qu'il était emprisonné sur Robben Island, mais comme nous n'étions pas autorisés à avoir un portrait de lui, c'était pour nous un symbole sans visage, une étoile qui brillait dans notre ciel.
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Pour ma famille, pour moi, pour le peuple sud-africain, Nelson Mandela incarne la longue et persévérante pérégrination qui s'est avérée nécessaire pour que notre pays atteigne, enfin, la rive rêvée : celle de la démocratie et d'une Afrique du Sud délivrée de l'apartheid.
Madiba avait, en outre, un grand sens de l'humour, qu'il savait conjuguer avec les vertus de sa bravoure. Il accordait une oreille attentive et respectueuse à ses interlocuteurs, y compris à ses adversaires. Des qualités particulièrement précieuses dans un contexte où primaient le racisme et la démagogie.
Nelson Mandela a été le capitaine qu'il fallait à notre Afrique du Sud malmenée par la tempête. Son héritage continuera de nous inspirer profondément.