Parfois, à force de remonter les sentiers abandonnés et de buter sur les vieilles souches de nos croyances, de grosses larmes ravinent les joues du rescapé d'Auschwitz, et, douce comme une pluie d'automne, son angoisse me recouvre.

À lire aussi de Jean Vautrin

Rien ne peut désarmer la rancune si elle remonte à l’enfance.
Comme j'étais naïf ! J'ignorais qu'en naissant Tsigane, je serais rabaissé au rang de gueux, de sauvage, de chien errant qui ne connait ni les lois ni la morale ordinaire.
J'avais en tête un sacré proverbe eskimo. Une phrase sans bluff qui dit, écoutez bien, qu'à force d'espérer une fleur, on la fait naître.
Ainsi vont les choses, pensait Azeline, pendant des années vous croyez que les êtres que vous connaissez le mieux sont faits d'un bois tendre et raboté et un jour, à l'improviste, l'écorce odorante est hérissée d'échardes. A un monde tendre et paresseux succède celui du hasard et de la force brutale. Et cette fureur, ce bruit, ce désordre, cette sensualité qui s'apprêtent à vous engloutir constituent justement les noeuds de la corde que vous avez tressée à votre insu.
Je souhaite redonner à la littérature française son jus, qui nous vient de Rabelais.
Toutes les citations de Jean Vautrin →

Dans la même œuvre

Pourtant, dès mon premier ouf, c'est inouï comme j'avais soif d'aimer les autres. Enfant de la lune et du soleil, j'avais une envie folle de coller mon oreille contre le fût des arbres. D'écouter battre sous l'écorce le suc de la terre. De me mêler à la gaudriole générale. A tout ce raffut de la création. D'orchestrer le cui cui des oiseaux, d'apprivoiser le savoir des personnes. Pas une minute, je n'imaginais que les gens puissent être aussi arrogants, aussi méchants.
Comme j'étais naïf ! J'ignorais qu'en naissant Tsigane, je serais rabaissé au rang de gueux, de sauvage, de chien errant qui ne connait ni les lois ni la morale ordinaire.
La misère est un professeur encore meilleur que les livres. Elle t'apprendra tout !
Ouvrez ce livre. Ouvrez ce livre, monsieur. Regardez dehors au travers des persiennes. Faites marcher votre petit coeur. Assurez-vous que personne, aucun être transi de froid, ne rôde devant votre porte à la recherche d’un lit, d’un toit, d’une parole de réconfort. Sinon, en route ! Ouvrez votre fenêtre. Installez-vous sans tarder. Tournez ! Tournez les pages de mes carnets de moleskine ! Jargonnez les mots que j’emploie. Partagez ma fièvre. Trouvez la cadence.
Qui a dit que si on ne surveille pas les souvenirs, ils s'évanouissent ? Dans mon cas, pas de danger que l'oubli se fasse ! La braise qui sommeille en moi n'est pas près de s'éteindre. Où que je me tourne, quel que soit mon âge, les images des bourreaux qui s'avancent, sûrs de leur force, de leur bon droit, abondent. Elles sont gravées à jamais dans ma mémoire.