Tout ce qui se trouve devant nous est né du pétrole. Villes, voitures, avions, industrie, services, armée, luxe et nécessité. Il nous en faut toujours plus. C’est si bon. On sait bien que ça nous flingue mais que voulez-vous – le retour à la bougie, c’est ça ? Le monde moderne est à ce prix. Alors on épuise les sols, on accélère la fin.
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On pousse Louis dans un fourgon. Le moteur démarre. La ville et son enfance disparaissent par la fenêtre.
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La rencontre du capitalisme et du pétrole est explosive. C’est un amour fou, immédiat, la rencontre du glaive et du soufre, la réunion des deux affluents d’un fleuve torrentiel.
De quoi sont faits nos jours ? De la même eau que vos rêves, d’espoir à peine déçus.
Facebook ne partage rien de ses secrets, Google (dont la devise Don't be evil n'est bien sûr là que pour dissimuler son antiphrase) sait tout sur ses usagers qui ne savent rien sur lui, Apple vend des téléphones entièrement refermés sur leur technologie à des prix démentiels, irréparables objets du bonheur. Ce sont des entreprises comme les autres, à savoir des machines à cash, avec un zeste supplémentaire qui fait leur succès : un discours messianique qui promet à l'humanité le passage à un stade supérieur.
Notre modèle économique ne peut pas fonctionner. Tous les piliers sur lesquels reposent nos démocraties sont rongés : le pacte économique (la chance pour tous un leurre), le pacte politique (la représentation est une farce), le pacte légal (la corruption est le mal universel), le pacte bio-écologique. Sur ces colonnes brisées, aucune société ne peut plus s’établir.
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Partout où elle passe la liberté de Louis éclabousse les autres. C'est un sauvage, il joue au rythme des oiseaux et des fleuves, rien ne l'arrête, il n'a jamais peur de rien.