Ma vie n'important guère aux gens, je m'en voudrais de les ennuyer avec elle. D'autre part, m'imagines-tu criant : Au secours ! Cela ne me sortirait pas de la gorge.

À lire aussi de Henry de Montherlant

Sauf durant les seize premières années de sa vie, où la religiosité, dans un milieu chrétien, était inévitable, M. l'abbé de Pradts n'avait jamais cru en Dieu. Son esprit n'avait pas besoin d'un Dieu ; son coeur n'avait pas besoin d'un Dieu. Le surnaturel était un monde qui lui était aussi fermé que celui des sciences, par exemple, ou celui de l'économie politique : le naturel le comblait largement. Selon lui, les hommes avaient inventé Dieu, parce que la grande majorité en avait besoin, de tête ou de coeur ; ce besoin était, selon lui, une des caractéristiques les plus communes de la faiblesse humaine. Ensuite ils avaient travaillé sans répit tant pour donner un sens à cette invention, que pour lui donner du prestige, afin de n'avoir pas honte d'elle, qui avouait si cruellement leur débilité. Comme ils étaient capables, toujours, du meilleur et du pire, ils avaient construit sur cette idée de Dieu, chacun dans son pays et dans son époque, un système plein de beautés et d'absurdités, en partie admirable, en partie risible, en partie odieux, duquel ils tiraient toutes sortes d'actes allant eux aussi de l'admirable à l'odieux, en passant par le risible. De ces édifices construits sur des nuées, le plus important était sans doute le catholicisme. Telles étaient les vues de M. l'abbé de Pradts, qui ne prétendaient ni à l'originalité ni à la profondeur.
Tout ce que nous donnons nous manquera un jour.
La vie devient une chose délicieuse, aussitôt qu'on décide de ne plus la prendre au sérieux.
Une valeur qui n'est pas reconnue, c'est une non-valeur qu'on laisse mettre à sa place.
Mon père trouve qu'il est indécent que des sujets d'une certaine gravité soient mêlés à des soucis de nourriture.
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On n'aime d'amour avec un grand A que ceux qu'on ne peut pas aimer autrement.
Il n'y a pas besoin de courage quand on est porté par une passion.
Si je dois payer ma vie au prix de toutes les sottises et de tous les mensonges qu'on aura dits sur moi, peut-être vaudrait-il mieux n'avoir pas vécu.
Ce sont toujours les imbéciles qui pensent que l'on n'est pas sincère.