Les mouvements du monde, les guerres, les révolutions, nous les voyons à travers le prisme de nos passions, qui en sont en retour modifiées.

À lire aussi de Olivier Rolin

Celui qui abandonne son camarade sous le feu, celui qui le donne à la police ennemie, il l'a déjà trahi, il a toujours été un lâche et une balance.
Le patriotisme est, je crois, la seule passion populaire qui demeure en Russie.
Le temps est venu où les répertoires sont pleins d'adresses dont on ne poussera plus jamais la porte, de numéros de téléphone qu'on ne composera plus jamais - mais les rayer serait une profanation. Ces inscriptions sont comme les fantômes qui marquent dans les bibliothèques la place des livres absents.
Voyager, c'est se déshabituer.
L'antisémitisme est toujours abominable. Il est plus insupportable encore dans le pays qui a été celui de l'affaire Dreyfus et de la rafle du Vel' d'Hiv.
Toutes les citations de Olivier Rolin →

Dans la même œuvre

À Port-Soudan, le crépuscule obéissait à un rituel immuable. Un bref instant les toits, les ombrelles légères des arbres, les rinceaux des palmes, comme portés à incandescence par la chaleur accumulée du jour, laissaient fuser des flammes où dansaient les couleurs les plus violentes d'oxydes et de sulfures. Ce paroxysme semblait rendre fous les charognards dont les patientes orbes soudain se précipitaient, se mêlaient, se heurtaient. Des grappes d'oiseaux clabaudeurs roulaient dans le ciel, des tourbillons de plumes ensanglantées tombaient lentement sur la ville comme un voile de suie.
Vingt ans d'Afrique m'ont habitué à ne pas considérer la magie comme une chose extraordinaire. L'alcool y aide peut-être aussi.
Ce n'était pas l'opinion, qu'on sache, qui avait rétabli l'honneur du capitaine Dreyfus, ni vaille que vaille de la France en 1940. De là aussi qu'il y avait alors de la politique, de la critique, de la polémique, de la littérature: toutes choses qui sont des combats. Au lieu que mes yeux, mes oreilles qu'un exil prolongé avait rendus naïfs, n'étaient plus frappés que par des platitudes de pourcentages et de gestion- des affaires, de l'économie, de carrière, de textes, de sentiments...
Et s'il n'est pas de plus haut bonheur que dans la coïncidence d'un amour et d'une grande espérance humaine, il n'est probablement de pire malheur que lorsque l'abandon vient tout vous ôter, de ce qui l'instant d'avant était encore le plus charnellement proche de vous, jusqu'aux vastes horizons que la pensée croyait embrasser.
Cela faisait bien des années que j'avais désappris l'hiver. L'accablant rayonnement du ciel blanc, l'étuve des nuages sous lesquels fumait la mer, parfois de grandes roues de sable crissant venues du désert de Nubie, et dont le tournoiement au dessus de la ville laissait les chairs aussi racornies que celles des momies: c'étaient là tous mes météores.