Je sais qu'il existe des écoles de scénaristes mais j'ai du mal à comprendre leur intérêt. On n'apprend pas l'imagination. Faire un dialogue, faire s'entrechoquer les sentiments, résonner les silences, ça ne s'apprend pas. On cherche soi-même, on regarde les oeuvres des autres. On apprend quelquefois dans d'autres domaines que celui où on essaie d'exercer sa peine. Par exemple en regardant un tableau ou une photo d'un enfant dans la rue, on peut trouver une émotion que, nolens volens, on traduit plus tard dans une chanson ou dans une scène au cinéma ou au théâtre.
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Les acteurs sont pour moi les souffleurs des auteurs.
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Je l'aime tant, le temps qui reste... - \r\nJe veux rire, courir, parler, pleurer, - \r\nEt voir, et croire - \r\nEt boire, danser, - \r\nCrier, manger, nager, bondir, désobéir - \r\nJ'ai pas fini, j'ai pas fini - \r\nVoler, chanter, partir, repartir - \r\nSouffrir, aimer - \r\nJe l'aime tant le temps qui reste - \r\nJe ne sais plus où je suis né, ni quand - \r\nJe sais qu'il n'y a pas longtemps... - \r\nEt que mon pays c'est la vie.
Je travaille un peu partout, j'aime beaucoup les endroits où il y a du passage, les aéroports, les gares, car il y a une innocence du temps qui passe. On se dit “je suis en voyage”, on verra après, et c'est justement dans ces moments-là que l'inspiration vient plus facilement.
Je ne pense pas qu'on puisse retrouver dans aucun des textes que j'ai écrits, y compris les chansons d'amour, des choses qui me soient arrivées. Mais c'est quand même le monde où je suis, où je vis, où je pleure.
Je dis souvent aux interprètes de théâtre ou de cinéma : acteurs, auteurs, même combat. Avant d'entrer en scène, ils ont ce qu'ils appellent la boule. Certains deviennent glacés ou complètement moites. L'auteur, c'est exactement la même chose.
Dans la même œuvre
Ne m'appelez pas maître. Si les personnes que j'aime et qui m'aiment commencent à ne plus m'appeler Jean-Loup, là, il y aura une fêlure.
je me suis présenté comme « écrivain de cinéma » pendant mes visites aux Académiciens. En me recevant sous la Coupole, ils accueillent ce que j'appelle les arts frémissants.
Au cinéma, le premier interprète d'un film, c'est le metteur en scène. Si je sais que le metteur en scène sera Jean Becker ou Cédric Klapisch, ça passera par leur filtre. Mais si demain j'écris pour Jacques Gamblin que je ne connais pas dans la vie, j'utiliserai son archet, ses vibrations à lui. Les acteurs sont pour moi les souffleurs des auteurs.
Au cinéma, le premier interprète d'un film, c'est le metteur en scène.
je ne pourrais pas écrire mes Mémoires. Je crains d'être ennuyeux, et de m'ennuyer moi-même. Je suis en admiration quand je vois des artistes, des industriels, des sportifs dire : « Dans ces années-là, à Aubenas où je suis né, il y avait un marchand de crêpes qui s'appelait monsieur Raymond. Ma tante m'y emmenait quand j'avais bien travaillé. Ah, ces crêpes aux myrtilles ! » Non, je ne pourrais pas.