Au rebours des autres siècles qui pratiquèrent la torture négligemment, celui-ci, plus exigeant, y apporte un souci de purisme qui fait honneur à notre cruauté.
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Le scepticisme est presque le point central de mes interrogations. Qui voudrait écrire quelque chose de correct sur moi devrait analyser la fonction qu'il a remplie dans l'ensemble de mes préoccupations et de mes hantises.
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À lire aussi de Emil Cioran
Si, autrefois, devant un mort, je me demandais: «A quoi cela lui a-t-il servi de naître ?», la même question, maintenant, je me la pose devant n'importe quel vivant.
Si j'avais cédé aux flatteries de la musique, à ses appels, à tous les univers qu'elle a suscités et détruits en moi, il y a longtemps que, d'orgueil, j'aurais perdu la raison.
On a beau dire, la mort est ce que la nature a trouvé de mieux pour contenter tout le monde.
La solitude est l'aphrodisiaque de l'esprit, comme la conversation celui de l'intelligence.
Dans la même œuvre
On ne réfléchit que parce qu'on se dérobe à l'acte. Penser, c'est être en retrait.
Le seul service que nous pouvons demander aux autres, c'est de ne pas deviner à quel point nous sommes lamentables.
L'homme est un animal surmené.
Le secret de l'Histoire, c'est le refus du salut.
Je viens d'écrire une apologie de la haine. Mais au fond ce que j'entends par haine, c'est un mouvement de désespoir, c'est la noirceur du désespoir, état purement subjectif qui n'a rien à voir avec la volonté de nuire, avec l'acharnement contre autrui.