Œuvre
Le crépuscule des pensées (1940)
La lucidité: avoir des sensations à la troisième personne.
Le besoin de consigner toutes les réflexions amères, par l'étrange peur qu'on arriverait un jour à ne plus être triste...
On ne peut expliquer un paradoxe, non plus qu'un éternuement. D'ailleurs, le paradoxe n'est-il pas un éternuement de l'esprit?
La paresse est un scepticisme de la chair.
Souffrir signifie méditer sur une sensation de douleur; philosopher, méditer sur cette méditation.
La grandeur de la volupté procède de la perte de l'esprit. Si l'on ne se sentait pas devenir fou, la sexualité serait une saleté et un péché.
La solitude est l'aphrodisiaque de l'esprit, comme la conversation celui de l'intelligence.
L'on ne ressent jamais plus douloureusement l'irréversibilité du temps que dans le remords. L'irréparable n'est que l'interprétation morale de cette irréversibilité.
Tout désespoir est un ultimatum à Dieu.
L'homme qui pratique la lucidité pendant toute sa vie devient un classique du désespoir.