La main et le regard, il n'est jamais question que de cela dans la vie, en amour, en art.

À lire aussi de Jean-Philippe Toussaint

Toujours je restais à la surface du sommeil, juste en deçà de l'invisible ligne de flottaison qui sépare le sommeil de la veille.
Accoudé au parapet, pensif, je regardais la surface boite et ondulante du fleuve dans l'obscurité, et je songeais à Marie avec cette mélancolie rêveuse que suscite la pensée de l'amour quand elle est jointe au spectacle des eaux noires dans la nuit.
Je n'ai plus mes yeux d'enfant, mais c'est toujours avec l'innocente naïveté de l'enfance que je perçois la magie des couleurs au football, le vert immémorial du gazon et les maillots des joueurs, les couleurs intemporelles des équipes nationales, le bleu de la France ou de l'Italie, le rouge de l'Espagne, l'orange des Pays-Bas, sans compter le maillot rayé bleu ciel et blanc de l'Argentine.
Mais on passe là soudain du sérieux de l'univers de l'enfance à la puérilité du monde des adultes. Le football des adultes m'indiffère.
Qu'est- ce que créer, aujourd'hui, dans le monde dans lequel nous vivons ? C'est proposer, de temps à autre, dans un acte de résistance non pas modeste, mais mineur, un signal - un livre, une oeuvre d'art - qui émettra une faible lueur vaine et gratuite dans la nuit.
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Dans la même œuvre

Je l'aimais, oui. Il est peut-être très imprécis de dire que je l'aimais, mais rien ne pourrait être plus précis.
Je passais mes mains sur son visage, et je la regardais. La main et le regard, il n'est jamais question que de cela dans la vie, en amour, en art.
J'entendais le murmure de ses rêves qui s'écoulait dans son esprit. Ou bien était-ce dans mon propre esprit que s'écoulaient maintenant les rêves de Marie, comme si, à force de penser à elle, à force d'invoquer sa présence, à force de vivre sa vie par procuration, j'en étais venu, la nuit, à imaginer que je rêvais ses rêves.