J'entendais le murmure de ses rêves qui s'écoulait dans son esprit. Ou bien était-ce dans mon propre esprit que s'écoulaient maintenant les rêves de Marie, comme si, à force de penser à elle, à force d'invoquer sa présence, à force de vivre sa vie par procuration, j'en étais venu, la nuit, à imaginer que je rêvais ses rêves.

À lire aussi de Jean-Philippe Toussaint

Je regardais par la vitre sans penser à rien, témoin passif de cette compression de l’espace et du temps qui donne le sentiment que c’est à l’écoulement du temps qu’on assiste de la fenêtre des trains pendant que défile le paysage.
Nous nous aimions, mais nous ne nous supportions plus. Il y avait ceci, maintenant, dans notre amour, que même si nous continuions à nous faire dans l'ensemble plus de bien que de mal, le peu de mal que nous nous faisions nous était devenu insupportable.
Pendant que nous regardons un match de football, pendant ce temps si particulier qui s'écoule alors que nous sommes au stade ou devant notre téléviseur, nous évoluons dans un monde abstrait et rassurant, le monde abstrait et rassurant du football, nous sommes, le temps que dure la partie, dans un cocon du temps, préservés des blessures du monde extérieur, hors des contingences du réel, de ses douleurs et de ses insatisfactions, où le temps véritable, le temps irrémédiable qui nous entraîne continûment vers la mort, semble engourdi et comme anesthésié
C'est un curieux destin que celui de ce totem contemporain par excellence, fétiche universel et objet de toutes les convoitises , protégé dans des coffres-forts et transporté dans des malles blindées sous la garde de policiers en gilets pare-balles armés de mitraillettes, que l'on sort finalement de son écrin le jour de la finale, pour qu'il soit soulevé, et baisé, en mondovision, par les capitaines des équipes victorieuses de la Coupe du Monde, par Didier Deschamps au Stade de France en 1998, puis par Cafu en 2002 au stade de Yokohama, puis par je ne sais plus qui en 2006 à Berlin...
De la même manière qu'il faut plusieurs centaines de kilos d'arbustes aromatiques pour produire, par distillation, un flacon d'essence de romarin, il faut beaucoup de vie réelle pour obtenir le concentré d'une seule page de fiction.
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Je l'aimais, oui. Il est peut-être très imprécis de dire que je l'aimais, mais rien ne pourrait être plus précis.
La main et le regard, il n'est jamais question que de cela dans la vie, en amour, en art.
Je passais mes mains sur son visage, et je la regardais. La main et le regard, il n'est jamais question que de cela dans la vie, en amour, en art.