Je l'aimais, oui. Il est peut-être très imprécis de dire que je l'aimais, mais rien ne pourrait être plus précis.

À lire aussi de Jean-Philippe Toussaint

Dès que le fil invisible qui relie le football au passage du temps est rompu, dès qu'il est dépouillé de sa dimension d'irréversibilité, sa grâce et son éclat s'éclipsent aussitôt : il ne reste plus que la matérialité des joueurs, l'émergence du prosaïque, la violence du réel, la transpiration, les cris, les coups, l'irréalité absurde du spectacle d'une vingtaine de types qui courent à la suite d'un ballon sur une pelouse.
Le football vieillit mal, c'est un diamant qui ne brille que dans le vif aujourd'hui. On ne regarde jamais les retransmissions des vieux matchs de football à la télévision. Même les finales de légende sont éventées, le parfum s'est évaporé dans la poussière du temps, elles demeurent loin derrière nous et deviennent une composante familière de notre passé, ce n'est plus que dans notre souvenir qu'elles frémissent encore éventuellement d'une grâce éphémère.
Il me semblait en effet qu'une idée, aussi brillante fût-elle, n'était pas vraiment digne d'être retenue si, pour simplement s'en souvenir, il fallait la noter.
C'est souvent l'enfance qui affleure quand je pense au football.
Pendant que nous regardons un match de football, pendant ce temps si particulier qui s'écoule alors que nous sommes au stade ou devant notre téléviseur, nous évoluons dans un monde abstrait et rassurant, le monde abstrait et rassurant du football, nous sommes, le temps que dure la partie, dans un cocon du temps, préservés des blessures du monde extérieur, hors des contingences du réel, de ses douleurs et de ses insatisfactions, où le temps véritable, le temps irrémédiable qui nous entraîne continûment vers la mort, semble engourdi et comme anesthésié
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La main et le regard, il n'est jamais question que de cela dans la vie, en amour, en art.
Je passais mes mains sur son visage, et je la regardais. La main et le regard, il n'est jamais question que de cela dans la vie, en amour, en art.
J'entendais le murmure de ses rêves qui s'écoulait dans son esprit. Ou bien était-ce dans mon propre esprit que s'écoulaient maintenant les rêves de Marie, comme si, à force de penser à elle, à force d'invoquer sa présence, à force de vivre sa vie par procuration, j'en étais venu, la nuit, à imaginer que je rêvais ses rêves.