Il me semblait en effet qu'une idée, aussi brillante fût-elle, n'était pas vraiment digne d'être retenue si, pour simplement s'en souvenir, il fallait la noter.

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Le football vieillit mal, c'est un diamant qui ne brille que dans le vif aujourd'hui. On ne regarde jamais les retransmissions des vieux matchs de football à la télévision. Même les finales de légende sont éventées, le parfum s'est évaporé dans la poussière du temps, elles demeurent loin derrière nous et deviennent une composante familière de notre passé, ce n'est plus que dans notre souvenir qu'elles frémissent encore éventuellement d'une grâce éphémère.
Il y avait ceci, maintenant, dans notre amour, que, même si nous continuions à nous faire dans l'ensemble plus de bien que de mal, le peu de mal que nous nous faisions nous était devenu insupportable.
Le football permet non pas d'être nationaliste, il y aurait là une connotation politique détestable qui ne m'effleure même pas, et pas même patriote, mais chauvin, j'entends par là un nationalisme pas dupe, au deuxième degré, un nationalisme ironique, l'oxymore est parfait, il n'y a pas de termes plus antinomiques, la séduction de l'adjectif semble contredire ce que le mot peut avoir de déplaisant ou, pour tout dire, un nationalisme enfantin, de l'ordre d'une vantardise primaire, une fanfaronnade euphorique et gamine : Vive la Belgique !
Je sentais le temps passer avec une acuité particulière depuis le début de ce voyage, les heures égales, semblables les unes aux autres, qui s’écoulaient dans le ronronnement continu des moteurs, le temps ample et fluide qui m’emportait malgré mon immobilité, et dont la mort ­ – et ses violentes griffures – ­ était la mesure noire.
Je l'aimais, oui. Il est peut-être très imprécis de dire que je l'aimais, mais rien ne pourrait être plus précis.
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Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous dit Kafka.
De la même manière qu'il faut plusieurs centaines de kilos d'arbustes aromatiques pour produire, par distillation, un flacon d'essence de romarin, il faut beaucoup de vie réelle pour obtenir le concentré d'une seule page de fiction.
Une idée, aussi brillante fût-elle, n'était pas vraiment digne d'être retenue si, pour simplement s'en souvenir, il fallait la noter.