Quand j'écris, j'ai toute la langue française avec moi dans l'oreille. Simplement, j'essaie d'être au plus près de la parole. On ne prononce pas tout, dans la parole, ni toutes les lettres, ni toutes les syllabes. C'est une affaire très minutieuse, pas du tout sauvage, qui prend en compte toute la langue, son histoire, ses confins, les autres langues avec lesquelles elle a été en contact, ses diverses accentuations.
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La mélodie, c'est le gage de l'immortalité pour un auteur
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Nomadiser c'est se rendre disponible à tous, aux proches mais surtout aux inconnus.
Dans ce printemps qui ne l'est que pour les autres, le mot me déchire, d'autant que par moment, dans cette saison cruelle, je fais effort pour donner à ce que je vis, sinon un sens, du moins, pour moi-même, seul, pour ma conscience, une image un peu noble, et ainsi je m'efforce de hausser, d'élever ma détresse irrespectable à celle de Job, et je me vois plutôt sur son fumier que sur la couche d'un malade ordinaire auquel l'adjectif grabataire renvoie ; autant le substantif est beau, autant l'adjectif est laid. Pour moi, qui connais la valeur des mots, cette adjectivation est une réduction de ma souffrance d'alors, sa régulation, sa normalité hospitalière
Les idéologues, ce sont ceux qui ne font pas de phrases interrogatives. Ceux dont le discours se plie à la logique de brièveté, de simplification extrême et d'infantilisation des médias. La télévision, surtout, suscite des arguments simplistes, doublés d'un recours systématique aux clichés. J'entendais par exemple récemment, lors de la vague de froid de janvier, des journalistes évoquer la présence de neige en termes de « manteau blanc ». C'est infantile et stupide. C'est comme s'il fallait masquer le réel mesurable par une formule, pour mieux éloigner la chose.
J'ai trouvé ainsi, dans la langue française, des choses qui y étaient déjà, intégrées en profondeur, attachées à la mélodie de cette langue. Le caractère mélodique, c'est ce qui manque le plus souvent. Moi, je suis très hanté par la mélodie de la langue française et, en tant que lecteur, je vais vers les auteurs chez qui je la trouve. La mélodie, c'est le gage de l'immortalité pour un auteur.
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Les idéologues, ce sont ceux qui ne font pas de phrases interrogatives. Ceux dont le discours se plie à la logique de brièveté, de simplification extrême et d'infantilisation des médias.
Les idéologues, ce sont ceux qui ne font pas de phrases interrogatives. Ceux dont le discours se plie à la logique de brièveté, de simplification extrême et d'infantilisation des médias. La télévision, surtout, suscite des arguments simplistes, doublés d'un recours systématique aux clichés. J'entendais par exemple récemment, lors de la vague de froid de janvier, des journalistes évoquer la présence de neige en termes de « manteau blanc ». C'est infantile et stupide. C'est comme s'il fallait masquer le réel mesurable par une formule, pour mieux éloigner la chose.
Quand j'écris, j'ai toute la langue française avec moi dans l'oreille
Les Confessions de Rousseau, celles de saint Augustin surtout, sont-elles des autobiographies ? On n'y apprend pas énormément de choses sur leur vie. Le texte est ailleurs. L'autobiographie, c'est la biographie de l'individu écrite de l'intérieur. C'est le courant intérieur de la vie, le flux.
Les textes autobiographiques intéressants sont ceux qui rendent compte de l'incertitude, du mouvement, de l'infini, de ce qu'est la matière même de la vie : quelque chose de lourd, de brutal par moments, d'interpénétrant. C'est pour cela aussi que le texte est toujours en mode interrogatif. Parce qu'on n'est sûr de rien.