Les idéologues, ce sont ceux qui ne font pas de phrases interrogatives. Ceux dont le discours se plie à la logique de brièveté, de simplification extrême et d'infantilisation des médias. La télévision, surtout, suscite des arguments simplistes, doublés d'un recours systématique aux clichés. J'entendais par exemple récemment, lors de la vague de froid de janvier, des journalistes évoquer la présence de neige en termes de « manteau blanc ». C'est infantile et stupide. C'est comme s'il fallait masquer le réel mesurable par une formule, pour mieux éloigner la chose.

À lire aussi de Pierre Guyotat

J'ai 40 ans depuis le mois de Janvier, un âge que, dans l'adolescence, j'ai décidé de ne pas dépasser.
J'ai la nostalgie de ces premiers temps de la démocratie, quand les individus découvraient qu'ils pouvaient parler, débattre, décider ensemble. La démocratie n'était pas alors une juxtaposition de positions arrêtées.
Ma recherche de l'absolu aboutit à ceci que j'en espère toujours de plus absolu encore. Tous les absolues créés par l'homme, auxquels j'ai souscrit, sont dépouillés par moi de leur valeur d'absolu en regard d'autres qui ne nous sont pas encore connus.
L'accueil est, il me semble, la grande question morale aujourd'hui. Que chacun vit, à l'échelle individuelle. Et que doit gérer aussi l'État, censé protéger – c'est une loi vieille comme les Capétiens. Quand l'État expulse, il perd sa raison d'être.
Que des proches me regardent avec les mêmes yeux qu'hier me fait mal (mais qu'importe, il faut avancer) : c'est l'idée même d'infinitude qui y est atteinte.
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Quand j'écris, j'ai toute la langue française avec moi dans l'oreille
Les Confessions de Rousseau, celles de saint Augustin surtout, sont-elles des autobiographies ? On n'y apprend pas énormément de choses sur leur vie. Le texte est ailleurs. L'autobiographie, c'est la biographie de l'individu écrite de l'intérieur. C'est le courant intérieur de la vie, le flux.
Les textes autobiographiques intéressants sont ceux qui rendent compte de l'incertitude, du mouvement, de l'infini, de ce qu'est la matière même de la vie : quelque chose de lourd, de brutal par moments, d'interpénétrant. C'est pour cela aussi que le texte est toujours en mode interrogatif. Parce qu'on n'est sûr de rien.
Le mode interrogatif est le mode premier de la poésie, de l'éloquence. Le mode premier de tout ce que je fais, depuis longtemps.