Quand j'écris, j'ai toute la langue française avec moi dans l'oreille

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Les idéologues, ce sont ceux qui ne font pas de phrases interrogatives. Ceux dont le discours se plie à la logique de brièveté, de simplification extrême et d'infantilisation des médias.
Prenez la question de l'immigration. Il serait simple que les politiques nous expliquent en quoi l'immigration serait aujourd'hui une gêne ou un péril pour la France. Avec près de mille ans d'histoire derrière nous, notre culture, notre langue, de quoi avons-nous peur ? Quand on sait que chaque expulsion est un drame... Que vingt mille personnes expulsées, ce sont vingt mille drames humains... Je suis conscient des réalités de l'État, mais je demande juste que l'on m'explique en quoi il y a danger.
Quelle douleur aussi de ne pouvoir se partager, être, soi, partagé, comme un festin par tout ce qu'on désire manger, par toutes les sensations, par tous les êtres : cette dépouille déchiquetée de petit animal par terre c'est moi… si ce pouvait être moi !
La mélodie, c'est le gage de l'immortalité pour un auteur
Tant de vies individuelles, collectives, dont je suis exclu, moi qui depuis l'enfance ne peut se faire à ce fait qu'on ne peut dans le temps d'une vie humaine embrasser chacune des milliards et millions de vies humaines en cours, en cours de naissance, qui ne peut voir une fenêtre allumée sans éprouver le regret, la rage de n'être pas l'un ou l'une de ceux qui y vivent- et y lampent la soupe.
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Les idéologues, ce sont ceux qui ne font pas de phrases interrogatives. Ceux dont le discours se plie à la logique de brièveté, de simplification extrême et d'infantilisation des médias.
Les idéologues, ce sont ceux qui ne font pas de phrases interrogatives. Ceux dont le discours se plie à la logique de brièveté, de simplification extrême et d'infantilisation des médias. La télévision, surtout, suscite des arguments simplistes, doublés d'un recours systématique aux clichés. J'entendais par exemple récemment, lors de la vague de froid de janvier, des journalistes évoquer la présence de neige en termes de « manteau blanc ». C'est infantile et stupide. C'est comme s'il fallait masquer le réel mesurable par une formule, pour mieux éloigner la chose.
Les Confessions de Rousseau, celles de saint Augustin surtout, sont-elles des autobiographies ? On n'y apprend pas énormément de choses sur leur vie. Le texte est ailleurs. L'autobiographie, c'est la biographie de l'individu écrite de l'intérieur. C'est le courant intérieur de la vie, le flux.
Les textes autobiographiques intéressants sont ceux qui rendent compte de l'incertitude, du mouvement, de l'infini, de ce qu'est la matière même de la vie : quelque chose de lourd, de brutal par moments, d'interpénétrant. C'est pour cela aussi que le texte est toujours en mode interrogatif. Parce qu'on n'est sûr de rien.
Le mode interrogatif est le mode premier de la poésie, de l'éloquence. Le mode premier de tout ce que je fais, depuis longtemps.