La langue change en même temps que l’ère dans laquelle elle se trouve: les médias d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes qu’hier, l’informatique a bouleversé notre monde et notre façon d’écrire. Le croisement entre l’écrit et l’oral n’est plus du tout de la même nature. L’usage change. Et ce changement est perpétuel. Finalement, personne ne connaît vraiment le français. Son apprentissage ne sera jamais terminé car la langue évolue tous les jours.

À lire aussi de Alain Rey

Quand on a créé le mot « ordinateur » , on a d'ailleurs fait une très belle opération par rapport à l'anglais « computer ». Car l'ordinateur est plus un metteur en ordre qu'un compteur!
Barthes a écrit: « La langue est fasciste. » Je lui avais dit que c’était une ineptie. En revanche, il est vrai qu’on peut se servir de la langue pour avoir un discours fasciste.
Nous observons que certains jeunes utilisent des termes issus de la bouche de leurs grands-parents. Ainsi, ils les réactualisent et empêchent la disparition de tout un vocabulaire. Je pense à la phrase admirable d’Amadou Hampâté Bâ: « Un vieillard qui meurt c’est une bibliothèque qui brûle. » C’est très vrai. La langue se construit partout.
Le petit Robert a une dimension historique qui plus est, rien ne doit sortir. Les enfants disaient « t'es un bouffon », ils disent maintenant « t'es un bolos », donc nous gardons les deux!
On n'est pas très heureux quand il y en a beaucoup. Mais ce n'est pas nous qui choisissons. C'est un enrichissement sauvage, on adopte parfois des anglicismes qui ne sont pas nécessaires et qui ont un équivalent en français. Mais, il y a des anglicismes depuis le Moyen Age. Et le français a plus enrichi la langue anglaise que l'inverse.
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Selon moi, les mots sont des accumulateurs d’énergie. Chaque fois que l’on prononce un mot, on a affaire à une épaisseur. Derrière le sens actuel d’un terme, il y a une succession de sens qui ont évolué. Prenons le «pare-brise». Le mot existait avant l’automobile et désignait un accessoire de mode qui permettait aux dames de protéger leur visage du soleil et du vent. Or à leurs prémices, les automobiles étaient ouvertes. Il fallait les couvrir. On a donc réfléchi à un mot qui évoque quelque chose de transparent. C’est ainsi que l’on a pensé au « pare-brise ».
Selon moi, les mots sont des accumulateurs d’énergie. Chaque fois que l’on prononce un mot, on a affaire à une épaisseur. Derrière le sens actuel d’un terme, il y a une succession de sens qui ont évolué.
Au XVIIe siècle, un mot nouveau allait à la vitesse de la diligence. Aujourd’hui, tout va à la vitesse de notre technique, c’est-à-dire très vite.
La langue française ne s’appauvrit pas, au contraire. Des mots nouveaux naissent chaque année. Regardez les régionalismes! Certains passent dans le français national. C’est le cas notamment des mots de la nourriture, comme le magret de canard. Aujourd’hui, on trouve le terme normal or on devrait parler de « maigret de canard ». Car le «magret» est un nom provençal, occitan qui veut dire « le petit maigre ».
Nous observons que certains jeunes utilisent des termes issus de la bouche de leurs grands-parents. Ainsi, ils les réactualisent et empêchent la disparition de tout un vocabulaire. Je pense à la phrase admirable d’Amadou Hampâté Bâ: « Un vieillard qui meurt c’est une bibliothèque qui brûle. » C’est très vrai. La langue se construit partout.