Au XVIIe siècle, un mot nouveau allait à la vitesse de la diligence. Aujourd’hui, tout va à la vitesse de notre technique, c’est-à-dire très vite.

À lire aussi de Alain Rey

La langue française ne s’appauvrit pas, au contraire. Des mots nouveaux naissent chaque année. Regardez les régionalismes! Certains passent dans le français national. C’est le cas notamment des mots de la nourriture, comme le magret de canard. Aujourd’hui, on trouve le terme normal or on devrait parler de « maigret de canard ». Car le «magret» est un nom provençal, occitan qui veut dire « le petit maigre ».
Aujourd'hui, la circulation des mots par l'intermédiaire des médias est complètement mémorisée et accessible par la numérisation. Les chiffres de Google ne sont pas forcément fiables, mais leurs ordres de grandeur oui. Quand le terme « selfie » revient à des millions d'occurrences, on ne pas faire comme s'il n'existait pas. Notre critère est donc la fréquence d'emploi, mais en dessous d'un certain seuil, il y a des choix idéologiques qui se font, autour de l'importance du concept. Le dictionnaire n'a pas le droit de passer à côté de certains termes.
Barthes a écrit: « La langue est fasciste. » Je lui avais dit que c’était une ineptie. En revanche, il est vrai qu’on peut se servir de la langue pour avoir un discours fasciste.
Nous observons que certains jeunes utilisent des termes issus de la bouche de leurs grands-parents. Ainsi, ils les réactualisent et empêchent la disparition de tout un vocabulaire. Je pense à la phrase admirable d’Amadou Hampâté Bâ: « Un vieillard qui meurt c’est une bibliothèque qui brûle. » C’est très vrai. La langue se construit partout.
Je ne bouscule pas la langue, j'essaie de l'approfondir et d'essayer de voir derrière les choses que nous employons tous les jours les petits mystères cachés par des siècles et des siècles d'utilisation.
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Selon moi, les mots sont des accumulateurs d’énergie. Chaque fois que l’on prononce un mot, on a affaire à une épaisseur. Derrière le sens actuel d’un terme, il y a une succession de sens qui ont évolué. Prenons le «pare-brise». Le mot existait avant l’automobile et désignait un accessoire de mode qui permettait aux dames de protéger leur visage du soleil et du vent. Or à leurs prémices, les automobiles étaient ouvertes. Il fallait les couvrir. On a donc réfléchi à un mot qui évoque quelque chose de transparent. C’est ainsi que l’on a pensé au « pare-brise ».
Selon moi, les mots sont des accumulateurs d’énergie. Chaque fois que l’on prononce un mot, on a affaire à une épaisseur. Derrière le sens actuel d’un terme, il y a une succession de sens qui ont évolué.
La langue change en même temps que l’ère dans laquelle elle se trouve: les médias d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes qu’hier, l’informatique a bouleversé notre monde et notre façon d’écrire. Le croisement entre l’écrit et l’oral n’est plus du tout de la même nature. L’usage change. Et ce changement est perpétuel. Finalement, personne ne connaît vraiment le français. Son apprentissage ne sera jamais terminé car la langue évolue tous les jours.
La langue française ne s’appauvrit pas, au contraire. Des mots nouveaux naissent chaque année. Regardez les régionalismes! Certains passent dans le français national. C’est le cas notamment des mots de la nourriture, comme le magret de canard. Aujourd’hui, on trouve le terme normal or on devrait parler de « maigret de canard ». Car le «magret» est un nom provençal, occitan qui veut dire « le petit maigre ».
Nous observons que certains jeunes utilisent des termes issus de la bouche de leurs grands-parents. Ainsi, ils les réactualisent et empêchent la disparition de tout un vocabulaire. Je pense à la phrase admirable d’Amadou Hampâté Bâ: « Un vieillard qui meurt c’est une bibliothèque qui brûle. » C’est très vrai. La langue se construit partout.