J'accepte pour la première fois de ma vie d'aimer plus qu'on ne m'aime. Je suis tellement sûre de nous et de la manière dont nos gouffres ajoutés s'annulent, dont ceux-ci combinés produisent au contraire une improbable clarté, que j'accepte d'avoir de l'avance dans cette histoire.
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L'été éclatera bientôt. Et avec lui déjà le raccourcissement des jours, déjà la fin de la saison qui s'annonce, avant même d'avoir débuté. Ou si peu. J'ai toujours ce sentiment d'inachevé, d'inaccompli avec l'été. J'ai toujours ce sentiment que quelque chose n'est pas à la hauteur, quelque chose de latent et de grand, sur le point d'advenir sans doute, mais qui reste dans le fossé, sur le côté, et ne se révèle finalement pas. Je n'ai malheureusement jamais su quoi. L'hiver et l'automne me sont indifférents, car ils ne me déçoivent pas. Je les préfère.
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J'ai toujours éprouvé l'amour absolu de la marge, de tout ce qui peut y ressembler de près ou de loin du moment qu'il s'agit de caractères s'élevant en contre.
J'avais oublié que rien n'est totalement gratuit en cette vie, à aucun endroit où vous décidez de vous rendre, nulle part, jamais...
Le seul manque que j’avais vraiment pu ressentir fortement, c’est le manque d’amour à me donner, à m’offrir à moi-même. Et avec lui, l’incapacité à accueillir l’amour des autres. Comme une déconnexion d’avec la vie, quelque part.
L'art remplit la vie, parce que la vie ne suffit pas.
Dans la même œuvre
Je ne sais pas si je pourrai un jour revenir habiter dans cette ville où je voulais vivre, d'abord sans toi, avec toi ensuite, ou si les amours nous font perdre des villes en même temps que nous-mêmes, en même temps qu'elles nous fondent, nous déconstruisent, nous précisent, nous accouchent, nous révèlent, nous brisent, nous changent et nous subliment.
Arriver en retard est le signe de soumission le plus crasse au cliché voulant que la femme se fasse désirer, donc attendre. Afficher un retard délibéré au départ est un gage de sujétion aux codes les plus éculés de l'hétérosexualité. Je suis contre la stratégie du désir. Celle-là en tous cas. Je la trouve idiote.
J'accepte pour la première fois de ma vie d'aimer plus qu'on ne m'aime. Je suis tellement sûre de nous et de la manière dont nos gouffres ajoutés s'annulent, dont ceux-ci combinés produisent au contraire une improbable clarté, que j'accepte d'avoir de l'avance dans cette histoire.
On ne sait jamais pourquoi on aime ni vraiment ce qu'on aime quand on aime.
Je sais qu'on ne pardonne pas aux femmes d'avoir du désir, de ne pas le cacher, de partir en quête de sa satisfaction à travers la ville.