Œuvre

Les corps abstinents (2020)

Nous avons besoin d’être des sujets avant tout. Il nous faut être maîtres de nous-mêmes, en possession de nos moyens, de notre pouvoir de décision pour accepter ce qui s’offre à nous.
Le seul manque que j’avais vraiment pu ressentir fortement, c’est le manque d’amour à me donner, à m’offrir à moi-même. Et avec lui, l’incapacité à accueillir l’amour des autres. Comme une déconnexion d’avec la vie, quelque part.
Accepter et croire que l'on peut aimer sans désirer a été, et est toujours, très difficile pour moi.
Faire le choix délibéré d'être seule a marqué un tournant radical dans ma façon d'être au monde, à moi même et aux autres. Apprendre que je pouvais être très contente toute seule, sans m'inscrire dans une dynamique de recherche ou d'attente de partenaire potentiel, un mouvement amoureux au moins par la nécessité d'avoir quelqu'un à qui penser pour me sentir vivante, a été la plus grande prise de pouvoir que j'ai connue jusque là.
À vingt ans, dans ma génération, beaucoup d'entre nous vivaient dans l'angoisse d'avoir oublié des poils et de lui déplaire, à l'Homme, au Garçon. Peur de ne pas être validées. À trente, c'était fini, celui qui nous ferait encore chier ce serait la porte et basta.