Elle aimerait déjà être une vieille femme sortie du jeu pour qui l'angoisse de plaire et l’inquiétude du corps ne signifient plus rien, une femme qui aura cessé de se voir au travers du regard des hommes. Elle voudrait être délivrée.
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J'accepte pour la première fois de ma vie d'aimer plus qu'on ne m'aime. Je suis tellement sûre de nous et de la manière dont nos gouffres ajoutés s'annulent, dont ceux-ci combinés produisent au contraire une improbable clarté, que j'accepte d'avoir de l'avance dans cette histoire.
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Qui viendra me chercher, moi que personne ne voit ?
Elle pense au temps rêvé, haï, lointain, en même temps qu'attendu, où elle se trahira. Où elle sera une femme qui n'aura plus l'horreur des robes et qui ne sera plus soumise à aucune autre autorité que la sienne, qui disposera librement de son corps. Et celui encore plus lointain où elle n'aura plus l'angoisse de plaire, la délivrance, cet âge où la beauté n'aura plus aucune importance.
Quand je pense que ce sont ces gens, tous propriétaires, qui ne connaissent pas le prix du pain, n'ont aucune idée de ce que c'est que la fatigue économique et l'usure, de ce que c'est de travailler tout le temps pour parvenir à être seulement précaire, qui dirigent le pays.
Comme tout un chacun, je voudrais être idéalement être aimée pour moi et non pour une image, qui est une construction ; ce qui est absurde et n'existe pas.
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L'été éclatera bientôt. Et avec lui déjà le raccourcissement des jours, déjà la fin de la saison qui s'annonce, avant même d'avoir débuté. Ou si peu. J'ai toujours ce sentiment d'inachevé, d'inaccompli avec l'été. J'ai toujours ce sentiment que quelque chose n'est pas à la hauteur, quelque chose de latent et de grand, sur le point d'advenir sans doute, mais qui reste dans le fossé, sur le côté, et ne se révèle finalement pas. Je n'ai malheureusement jamais su quoi. L'hiver et l'automne me sont indifférents, car ils ne me déçoivent pas. Je les préfère.
Je ne sais pas si je pourrai un jour revenir habiter dans cette ville où je voulais vivre, d'abord sans toi, avec toi ensuite, ou si les amours nous font perdre des villes en même temps que nous-mêmes, en même temps qu'elles nous fondent, nous déconstruisent, nous précisent, nous accouchent, nous révèlent, nous brisent, nous changent et nous subliment.
Arriver en retard est le signe de soumission le plus crasse au cliché voulant que la femme se fasse désirer, donc attendre. Afficher un retard délibéré au départ est un gage de sujétion aux codes les plus éculés de l'hétérosexualité. Je suis contre la stratégie du désir. Celle-là en tous cas. Je la trouve idiote.
On ne sait jamais pourquoi on aime ni vraiment ce qu'on aime quand on aime.
Je sais qu'on ne pardonne pas aux femmes d'avoir du désir, de ne pas le cacher, de partir en quête de sa satisfaction à travers la ville.