A ses côtés, le temps avait pris une nouvelle saveur. Ce n'était plus une succession mathématique d'évènements, ni en moi, un problème philosophique insoluble. C'était du sable chaud, finement tamisé, et je le sentais couler tendrement entre mes doigts.
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L'âme humaine, embourbée dans la chair, est encore à l'état brut, imparfaite.
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Dieu à chaque instant change de visage. Heureux celui qui peut le reconnaître sous chacun de ses masques.
Nous restâmes silencieux auprès du brasero, tard dans la nuit. Je sentais de nouveau combien le bonheur est une chose simple et frugale: un verre de vin, une châtaigne, un misérable poêle, la rumeur de la mer. Rien d'autre. Et pour sentir que tout cela c'est du bonheur, il ne faut qu'un coeur simple et frugal.
Mon vieux, quand est-ce que l'homme deviendra vraiment un homme ? On se met des pantalons, des faux cols, des chapeaux mais on est encore des mulets, des loups, des renards, des cochons. On est, paraît-il, à l'image de Dieu ! Qui ? Nous ? Quelle blague.
Nous sommes de petits vers, Zorba, de tout, tout petit vers sur la petite feuille d'un arbre gigantesque. Cette petite feuille est notre Terre. Les autres feuilles sont les étoiles que tu vois se mouvoir dans la nuit. Nous cheminons sur notre petite feuille en l'examinant anxieusement. Nous la humons, elle sent bon ou mauvais. Nous la goûtons, elle est comestible. Nous tapons dessus, elle résonne et crie comme un être vivant. Quelques hommes, les plus intrépides, arrivent jusqu'au bout de la feuille. De là, nous nous penchons, les yeux grands ouverts, les oreilles tendues, vers le vide. Nous frémissons. Nous devinons au-dessous de nous l'effrayant précipice, nous entendons de loin en loin le bruissement des autres feuilles de l'arbre gigantesque, nous sentons la sève monter des racines de l'arbre et notre coeur se gonfler. Ainsi penchés sur l'abîme, de tout notre corps, de toute notre âme, nous frissonnons de terreur
Dans la même œuvre
Se séparer lentement des être aimés, quelle amertume ! Mieux vaut trancher dans le vif, et retrouver la solitude, climat naturel de l'homme.
Dieu à chaque instant change de visage. Heureux celui qui peut le reconnaître sous chacun de ses masques.
Le bon maître ne veut pas de récompense plus éclatante que celle-là : former un élève qui le dépasse.
Nous restâmes silencieux auprès du brasero, tard dans la nuit. Je sentais de nouveau combien le bonheur est chose simple et frugale : un verre de vin, une châtaigne, un misérable poêle, la rumeur de la mer. Rien d'autre. Et pour sentir que tout cela c'est du bonheur, il ne faut qu'un coeur simple et frugal.
Mer, douceur automnale, îles baignées de lumière, voile diaphane de petite pluie fine qui couvrait l'immortelle nudité de la Grèce. Heureux, pensai-je, l'homme à qui il a été donné, avant de mourir, de naviguer dans la mer égéenne.