Avant de publier vous n'êtes rien, vous ne tenez que par l'idée d'un supposé talent. Le fait d'être publié chez Minuit, le prix Goncourt, la reconnaissance des critiques, les lettres de lecteurs m'ont donné l'assurance dont j'avais besoin. Ils m'ont montré que j'avais peut-être quelque chose à faire dans cette histoire là, l'histoire de la littérature...
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L'écrivain dispose d'un immense pouvoir lyrique, celui de braquer son projecteur sur une douzaine de vies dont il ne resterait rien s'il n'était pas là pour raconter. Des vies dont on se demande: Vont-elles bouleverser les foules?
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La une des quotidiens fournissait matière à controverses. La presse n'ayant pas de suite dans les idées, abandonnant du jour au lendemain ses indignations, la période de deuil dans un journal dure vingt-quatre heures…
Les pluies de Noroît sont glaciales et fouettent le sang. Poussées par le terrible vent qui déferle de l'Atlantique, elles giflent à l'oblique. C'est de la limaille qui cingle le visage, des flèches d'eau qui vous percent et vous assomment.
On trouve toujours les autres plus brillants que soi. Comme dit Raymond Queneau dans son journal de guerre, «je suis un pauvre homme». Pour autant, nous possédons tous une part amendable, sauvable qui aspire à la hauteur, à être Mozart.
On trébuchait pendant un assaut sur un bras à demi déterré, un pied, et, tombant le nez sur le nez d'un cadavre, on jurait entre ses dents, les siennes et celles du mort. C'était une fâcheuse invite, ces crocs-en-jambe sournois des trépassés. Mais on en profitait pour arracher autour du cou les plaques d'identité, sauver ces masses anonymes d'un futur sans mémoire, les ramener à l'état civil, comme si le drame du soldat inconnu était moins d'avoir perdu la vie que son nom.
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Tous les modes d'écriture m'intéressent: le roman, le théâtre, le commentaire, le scénario, les figures imposées, les figures libres et la soirée de gala! Je ne méprise rien même si le roman est ma ligne de force.
Je viens d'un monde où l'on n'était pas propriétaire de l'imparfait du subjonctif. Alors je m'autorise des récréations, comme de réécrire en ce moment les dialogues d'un téléfilm. L'important est de bien délimiter son domaine de compétence et de résister à l'esprit de sérieux. A partir de là je fais mon numéro de patineur.
Moi, je ne suis jamais qu'un recycleur de connaissances. L'art poétique, la mécanique romanesque obéissent à d'autres règles que celles du savoir.
Il faut tout à la fois se laisser flotter comme un petit bouchon au fil de l'eau et ne pas se laisser emporter par les rapides. C'est ce double mouvement qui fait tout l'intérêt du roman.
Si vous ne vous lancez pas, un peu comme un parachutiste convaincu que la toile va s'ouvrir, il n'y a pas d'écriture en tant que telle. Écrire, c'est se jeter dans le vide en se disant je serai rattrapé; par le sens, évidemment.