Je viens d'un monde où l'on n'était pas propriétaire de l'imparfait du subjonctif. Alors je m'autorise des récréations, comme de réécrire en ce moment les dialogues d'un téléfilm. L'important est de bien délimiter son domaine de compétence et de résister à l'esprit de sérieux. A partir de là je fais mon numéro de patineur.

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Tous les modes d'écriture m'intéressent: le roman, le théâtre, le commentaire, le scénario, les figures imposées, les figures libres et la soirée de gala! Je ne méprise rien même si le roman est ma ligne de force.
Au coeur de ma nébuleuse, dans ce flou de la mort qui enveloppe les survivants, on n'attend pas de la clarté qu'elle fasse toute la lumière.
Celle qui plie le temps, le ramasse, en devient la dépositaire, à qui on confie avec le geste d'un marchand de tapis ce déroulé de nos années, où tout est dessiné, comme sur un codex, des heurs et des malheurs d'une existence, de ses espoirs de rencontre, de la rencontre, de sorte que le temps à venir se trouve en elle.
A tous les commentaires désagréables sur la supposée indifférence des Parisiens, je n'oublie jamais d'opposer ce soutien indéfectible des habitués qui avaient accepté en connaissance de cause d'être plus ou moins bien traités selon l'humeur du marchand. Ce qui était une preuve de générosité mais aussi d'intérêt pour le curieux petit homme à la barbe roussie par le fourneau de sa pipe. Il ne ressemblait évidemment pas à l'idée qu'on se fait d'une vie rangée, surtout pour des gens dont on connaissait les allers et retours réglés comme du papier à musique encadrant une journée de bureau.
On trouve toujours les autres plus brillants que soi. Comme dit Raymond Queneau dans son journal de guerre, «je suis un pauvre homme». Pour autant, nous possédons tous une part amendable, sauvable qui aspire à la hauteur, à être Mozart.
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Moi, je ne suis jamais qu'un recycleur de connaissances. L'art poétique, la mécanique romanesque obéissent à d'autres règles que celles du savoir.
Il faut tout à la fois se laisser flotter comme un petit bouchon au fil de l'eau et ne pas se laisser emporter par les rapides. C'est ce double mouvement qui fait tout l'intérêt du roman.
Si vous ne vous lancez pas, un peu comme un parachutiste convaincu que la toile va s'ouvrir, il n'y a pas d'écriture en tant que telle. Écrire, c'est se jeter dans le vide en se disant je serai rattrapé; par le sens, évidemment.
L'écriture est un exercice spirituel, elle aide à devenir libre. Mais il faut d'abord en passer par la nuit obscure, pour reprendre les termes de saint Jean de la Croix. La mienne aura duré dix ans. Dix ans de noir et de travail sur soi pour aller d'un premier roman, Le facteur Bô, jamais publié - heureusement -, aux Champs d'honneur.