Rien de si utile pour élever un enfant que de bien définir son caractère, et rien de si difficile que de distinguer dans ces natures mobiles et ondoyantes les points fixes, les qualités fondamentales sur lesquelles on peut prendre appui.
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L'amour est semblable à l'année, sa plus belle saison est son printemps. Tout n'est encore que promesses et que fleurs, il est vrai; mais ces impalpables parfums suffisent à vous nourrir plus délicieusement que les fruits les plus savoureux, et même au milieu des riches moissons de l'été, au sein des abondantes récoltes de l'automne, la pensée se reporte toujours avec un bonheur mêlé de regret, sur ces limpides matinées d'avril, où l'oiseau chantait moins doucement sur les feuilles que notre amour dans notre coeur.
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L'homme n'arrive à faire tout ce qu'il peut qu'en aspirant même à ce qu'il ne peut pas, et l'idéal est une image placée devant nous par la providence pour que nous la poursuivions toujours, que nous ne l'atteignions jamais, et que la poursuite de la perfection nous entraîne dans les champs sans limites de la perfectibilité.
Les goûts touchent à la fois aux plaisirs et aux études ; plus sérieux que les uns, plus légers que les autres, ils tiennent le milieu entre les distractions et les passions. Ils ne remplissent pas la vie, mais ils en remplissent les moments de loisir ou de vide; je les comparerais volontiers à des intermèdes. Ils nous délassent de nos travaux ; ils nous initient aux travaux des autres et ouvrent notre esprit et nos yeux aux beautés naturelles, aux beautés de l'art, au mérite des œuvres d'industrie. Il y a des goûts intellectuels : il y en a d'autres qui sont physiques et comme matériels. Tel est, dans la première classe, le goût de la musique, ou de la peinture; tel est, dans la seconde, le goût du jardinage, le goût des travaux manuels, le goût des exercices corporels.
Les femmes ont dans ces questions de sentiment, une perspicacité, une finesse, une force de logique, qui l'emporte de beaucoup sur notre méthodique et lourde raison masculine.
Que dirons-nous donc de nos usages ? Il n'y a plus de fiançailles, il y a des accords. Il n'y a plus de fiancé, il y a des futurs. A peine l'engagement est-il pris qu'on se précipite vers la réalisation , comme si tous ces gens n'étaient travaillés que d'une crainte, celle de se connaître !
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L'amour est semblable à l'année, sa plus belle saison est son printemps.
Que dirons-nous donc de nos usages ? Il n'y a plus de fiançailles, il y a des accords. Il n'y a plus de fiancé, il y a des futurs. A peine l'engagement est-il pris qu'on se précipite vers la réalisation , comme si tous ces gens n'étaient travaillés que d'une crainte, celle de se connaître !
Il n'y a plus de fiançailles, il y a des accords. Il n'y a plus de fiancé, il y a des futurs.
L'intervalle qui s'écoule entre la promesse de l'union et l'union même, donne aux deux fiancés le temps de se connaître, et purifie d'avance la possession par l'amour. Libres et liés, ils s'étudient tout en goûtant les chastes douceurs d'une affection naissante, et le mariage, vers lequel ils descendent la main dans la main, nous apparaît alors, non plus comme une union matérielle, mais comme la consécration suprême de la fusion des âmes.
Dans cette question fondamentale de la déplaisance ou de la sympathie, la jeune fille est juge suprême, tribunal sans appel. On voit entre un jeune homme et une jeune fille mille convenances extérieures de fortune, d'âge, d'éducation, et l'on se demande avec surprise pourquoi elle ne l'aime pas : c'est parce qu'elle ne l'aime pas ; c'est parce qu'il manque entre eux cette affinité qui ne tombe pas sous les sens, s'exerce de l'âme à l'âme, et fait précisément le lien des êtres.