Je sentis tout à coup que mes mots n'incarnaient pas la saveur du paysage. Ils n'avaient pas l'haleine de la cascade, le fer de la grotte. Habitués à l'ombre, ils étaient laids au soleil.

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La littérature devait aussi bien représenter ceux qui ne la lisent pas, pour exister comme l'air et comme l'eau, et toujours autrement.
Devant les autres, il ne se taisait que pour sentir le silence le protéger à la façon d'une carapace, comme d'autres ne parlaient que pour sentir sur leur langue l'impatience de leurs propos. Étranger à la beauté des phrases, la discrétion était sa demeure. Et dans cette torpeur, il ignorait les inconvénients de son silence comme le sage ceux de sa sagesse .
L'absence de piété fut sa dévotion.
La main qui toucha sa tempe lui fit l'effet d'une boussole sur un navire perdu dans une tempête.
Ce grand livre avait été fermé pendant mille ans. Comme la pierre, il avait résisté au temps. La littérature était donc une pierre.
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On jette la graine là où on veut que l'arbre pousse.
Je pensai à la jungle comme écriture. Je m’interrogeai s’il existait, entre la sève et l’encre, le même apprentissage qui lie le doute et la certitude. Émerveillé de tout, enivré de rien, là explosait la respiration des feuilles, la couleur des pastèques, les pages de la jungle qui n’ont pas de grammaire et qu’on cherche, pourtant, sans cesse à traduire.
Ce n'est pas seulement le voyage qu'il faut accomplir, c'est l'idée du voyage.
Aucun texte sur la jungle ne peut rendre la sensation de la jungle. Ce mélange de resserrement et d’immensité, cette impression d’être soumis à sa grandeur et la révolte qu’elle génère, cet incroyable qui est palpable, cette noble sérénité des premiers âges. On contemple la jungle comme on contemple un ciel étoilé : rien ne bouge et pourtant tout semble habité.