L'urbaniste occidental voit dans Texaco une tumeur à l'ordre urbain. Incohérente. Insalubre. Une contestation active. Une menace. On lui dénie toute valeur architecturale ou sociale. Le discours politique est là dessus négateur.
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Je pleurai aussi de consternation en voyant à quel point les conteurs étaient vieux, et combien leur voix isolées du monde semblaient s'enfoncer dans la terre comme une pluie de carême derrière laquelle je galopais en vain.
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Texaco était ce que la ville conservait de l'humanité de la campagne. Et l'humanité est ce qu'il y a de plus précieux pour une ville. Et de plus fragile.
Il faut désormais, à l'urbaniste créole, réamorcer d'autres tracées, en sorte de susciter en ville une contre-ville. Et autour de la ville, réinventer la campagne. L'architecte, c'est pourquoi, doit se faire musicien, sculpteur, peintre... - et l'urbaniste, poète.
Porter la liberté est la seule charge qui redresse bien le dos.
Dans sa bouche, la langue française semblait infinie et chaque mot entrainait des dizaines et des dizaines de mots avec un allant de rivière dévalante.
Dans la même œuvre
La sève du feuillage ne s'élucide qu'au secret des racines.
Porter la liberté est la seule charge qui redresse bien le dos.
Je voulais qu'il soit chanté quelque part dans l'écoute des générations à venir, que nous nous étions battus... pour nous conquérir nous-mêmes.
Savoir parler c'est savoir retenir la parole. Parler vraiment c'est d'abord astiquer du silence. Le vrai silence est un endroit de La Parole.
Vers cette époque, je commençais à écrire, c'est dire : un peu mourir. Le sentiment de la mort fut encore plus présent quand je me mis à écrire sur moi-même, et sur Texaco. Je vidais ma mémoire dans d'immobiles cahiers sans en avoir ramené le frémissement de la vie qui se vit, et qui, à chaque instant, modifie ce qui s'était produit.