e lui offrais les contentements du monde, livrée sans mesurage, faisant ce qu'il aimait et que je découvrais en explorant son corps. Afin de lui ôter les charmes de la drive, je lui ouvris des cantiques dans les graines, je semai des douceurs dans chacun de ses pores, je suçai son âme, je léchai sa vie. Je m'efforçais de nous fondre l'un à l'autre, et lui offrir une ancre. Ma coucoune se fit chatrou pour l'aspirer et le tenir. […] elle se fit chouval-bois qu'il pouvait chevaucher autour d'un point central, elle se fit petit-gibier-tombé à lover dans sa main pour s'endormir cent ans, et elle s'écartela pour devenir béante, chemin-grand-vent sans murs ni horizon ou il pouvait aller tout en restant en moi.
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Texaco était ce que la ville conservait de l'humanité de la campagne. Et l'humanité est ce qu'il y a de plus précieux pour une ville. Et de plus fragile.
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Mais l'En-ville nous ignorait. Son activité, ses regards, les facettes de sa vie (du matin de chaque jour aux beaux néons du soir) nous ignoraient […]. Nous voyions l'En-ville d'en haut, mais en fait nous ne le vivions qu'au bas de son indifférence bien souvent agressive.
L'En-ville sent comme une bête, ferme les yeux pour comprendre que tu approches d'une cage, sens pour mieux comprendre, pour mieux la prendre, elle te déroute en te montrant ses rues alors qu'elle se trouve bien au-delà des rues, au-delà des maisons, au-delà des personnes, elle est tout cela et ne prend sens qu'au-delà de tout cela… […] Sens-le Marie-Sophie, sens-le pour voir qu'il vit vraiment.
Te perdre me révéla combien nous sommes formés à ceux que nous aimons, comment nous sommes inaptes à nous rassasier d'eux, de leur présence, de leurs voix, de leur mémoire, comment jamais assez nous ne les embrassons...jamais assez.
Dans sa bouche, la langue française semblait infinie et chaque mot entrainait des dizaines et des dizaines de mots avec un allant de rivière dévalante.
Dans la même œuvre
La sève du feuillage ne s'élucide qu'au secret des racines.
Porter la liberté est la seule charge qui redresse bien le dos.
Je voulais qu'il soit chanté quelque part dans l'écoute des générations à venir, que nous nous étions battus... pour nous conquérir nous-mêmes.
Savoir parler c'est savoir retenir la parole. Parler vraiment c'est d'abord astiquer du silence. Le vrai silence est un endroit de La Parole.
Vers cette époque, je commençais à écrire, c'est dire : un peu mourir. Le sentiment de la mort fut encore plus présent quand je me mis à écrire sur moi-même, et sur Texaco. Je vidais ma mémoire dans d'immobiles cahiers sans en avoir ramené le frémissement de la vie qui se vit, et qui, à chaque instant, modifie ce qui s'était produit.