A force de vivre seul, j'étais devenu d'une sensibilité semblable à un champ de ruines.
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Mais l'En-ville nous ignorait. Son activité, ses regards, les facettes de sa vie (du matin de chaque jour aux beaux néons du soir) nous ignoraient […]. Nous voyions l'En-ville d'en haut, mais en fait nous ne le vivions qu'au bas de son indifférence bien souvent agressive.
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À lire aussi de Patrick Chamoiseau
Te perdre me révéla combien nous sommes formés à ceux que nous aimons, comment nous sommes inaptes à nous rassasier d'eux, de leur présence, de leurs voix, de leur mémoire, comment jamais assez nous ne les embrassons...jamais assez.
La douce France, berceau de notre liberté, l'universelle si généreuse, était en grand danger. Il fallait tout lui rendre. […] Nous trouvâmes dans l'armée une perspective ouverte de devenir français, d'échapper aux békés. […] Nous fûmes des milliers à devancer les mobilisations
Les cercueils rouges envoyèrent des racines ; et l'on vit s'élever au dos long des années, plusieurs arbres d'agonie, branches tordues de douleurs. Les observer ramenait des souvenirs qu'on ne possédait pas. Ça raidissait en toi comme un pajambel triste […] mais qui va faire un livre sur ça ?
Le point-virgule s'est imposé, je ne sais pas pourquoi, peut-être l'idée du flux de conscience, de l'instabilité mentale, de la saisie qui ne raconte pas. Ce n'est pas le point-virgule de Flaubert.
Dans la même œuvre
La sève du feuillage ne s'élucide qu'au secret des racines.
Porter la liberté est la seule charge qui redresse bien le dos.
Je voulais qu'il soit chanté quelque part dans l'écoute des générations à venir, que nous nous étions battus... pour nous conquérir nous-mêmes.
Savoir parler c'est savoir retenir la parole. Parler vraiment c'est d'abord astiquer du silence. Le vrai silence est un endroit de La Parole.
Vers cette époque, je commençais à écrire, c'est dire : un peu mourir. Le sentiment de la mort fut encore plus présent quand je me mis à écrire sur moi-même, et sur Texaco. Je vidais ma mémoire dans d'immobiles cahiers sans en avoir ramené le frémissement de la vie qui se vit, et qui, à chaque instant, modifie ce qui s'était produit.